Egypte, Projets, Recherche Action Participative

El Marg : une recherche-action en cours

La partie de El Marg dans laquelle Lekaa travaille soit 2 Km2 - Le point au centre est le lieu dʼimplantation du local de Lekaa - En bas à droite, dans le rectangle, le lieu des chantiers de rénovation des maisons.

La partie de El Marg dans laquelle Lekaa travaille
soit 2 Km2 - Le point au centre est le lieu dʼimplantation du local de Lekaa - En
bas à droite, dans le rectangle, le lieu des chantiers de rénovation des maisons.

Asmae Egypte-Lekaa a répondu à l'appel d'une association égyptienne qui travaille dans le quartier d'El-Marg. Pour entrer ainsi dans un nouveau quartier, il y a plusieurs manières. Asmae-Lekaa a décidé de le faire en utilisant la méthode de recherche-action "Je participe, tu facilites" . Cette méthode a été mise en oeuvre par George Nabil qui a suivi la session de formation de Kolda au Sénégal, fin avril 2005 en vue d'en lancer une dans ce nouveau quartier.

Pour démarrer le processus de la recherche-action participative à ses débuts, je me suis entouré d'une Égyptienne, Jacqueline Roger, qui a déjà travaillé dans le social depuis 8 ans, notamment avec Caritas dans le cadre du centre Hagana dans une banlieue du Caire. Après un arrêt de 8 mois, elle s'est remise à travailler. Elle collabore pour ce projet en ayant intégré rapidement la méthode participative. Pour rappel, Asmae Egypte-Lekaa a accepté la demande de l'association de Romani (1), une vieille connaissance d'Asmae Egypte. Ce dernier travaille avec deux autres associations dans les questions de développement du quartier.

«Quelques semaines après avoir décidé de travailler dans ce quartier, j'ai rencontré deux enfants auxquels j’ai parlé de mon projet de rencontrer d'autres enfants du quartier. Ces deux enfants m'ont introduit dans le voisinage. Jacqueline et moi-même avons commencé des activités très simples avec les enfants. Deux à trois semaines plus tard, quand nous avons vu que les enfants arrivaient en nombre, j'ai a proposé de réaliser un camp. Comme les adultes ne connaissaient pas l'association Asmae- Lekaa, je me doutais bien qu'il y allait avoir peu de répondant. Trente-deux enfants se sont présentés.  J'étais étonné d'avoir eu un tel répondant.

Deux jeunes filles du quartier sont venues lors de ce camp. Elles ont eu quelques responsabilités. Cela m'a permis de découvrir leurs capacités d'implication avec les enfants âgés de 9 à 16 ans. Pendant le camp, l'une n'a rien fait, l'autre a bien participé, même si elle n'avait pas d'expérience d'animation. Après le camp, cette fille qui porte le prénom de Asmae (2) a continué à travailler avec nous.

D'autres surprises nous attendaient. L'équipe d'animateurs (George, Jaqueline Roger et des bénévoles d'Asmae-Lekaa) n'ont jamais animé des enfants aussi participatifs. Les enfants participaient très fort aux discussions. Un des thèmes : la vie en groupe.

Ils sont rentrés automatiquement dans le travail en groupe. On a même pas dû parler des travaux communautaires comme le nettoyage, la vaisselle... C'était automatique pour eux. Je voulais aussi voir si les enfants avaient du répondant si on commençait à travailler avec eux. L'exercice était de montrer la vie d'un enfant dans le quartier pendant une journée d'hiver et une journée d'été. Le groupe était très mélangé puisqu'il y avait des enfants allant à l'école et des enfants travailleurs.

"Vous avez fait sortir les enfants de prison" disaient un des parents. Ce n'est pas la question que les maisons sont trop petites mais bien parce qu'il n'y a pas d'animation, pas d'activités qui soient organisées puisqu'aucune des associations présentes dans le quartier n'a cela dans ses programmes prioritaires.

C'est vraiment à travers les deux camps que nous avons pu rentrer en contact rapide avec les familles et avec les enfants. Il fallait avoir la confiance des habitants et là, nous l'avons eue.

Après ce deuxième camp, j'ai pris 15 jours de repos. Mais Jacqueline et l'animatrice Asmae ont fait des visites des familles des 32 enfants pour parler avec les parents afin de présenter l'association. Elle parlait ainsi au nom d'Asmae Egypte-Lekaa, ayant intégré parfaitement ce que nous essayons de faire valoir et notre méthode de travail. Les parents s'expriment sur leur vie ainsi que sur leurs besoins comme le transport scolaire pour leurs jeunes enfants.

Depuis un mois et demi, nous avons commencé à inviter des enfants. On a commencé à négocier avec eux pour lancer une recherche-action participative. On a mis sur papier les différentes règles déterminées par eux qu'ils ont mises en pratique. Le groupe identifié est composé d'enfants de 10 à 14 ans. Les enfants ont commencé à s'exprimer sur les journées qu'ils passent à l'école s'ils y vont, la vie de famille, à la maison, en dehors, les problèmes qu'ils vivent. Ce qu'ils aiment ou pas. Comment ils vont à l'école... Sur ce sujet, nous avons pu voir que les moyens proposés par les enfants  ne correspondaient pas forcément, à ceux des parents. Ces moments de découverte de vie permettent aussi au groupe d'enfants de renforcer sa cohésion.

En effet, ce sont des enfants du même voisinage, mais ils ne forment pas un groupe en tant que tel. La découverte des moments de vie de chacun leur permet de découvrir que celle des autres n'est pas différente de la leur.

Pour le moment, les enfants sont dans la partie «récolte de données». La fréquence des réunions  est d'une fois par semaine et il est prévu de faire une sortie par mois. Début novembre, les enfants ont décidé de la date de la sortie suivante car 7 d'entre eux ne pouvaient y participer. C'est démocratiquement qu'ils ont décidé de reporter d'une semaine pour que tout le monde puisse y participer.

Les supports sont très différents selon ce que les enfants abordent : ils dessinent leur école pour la décrire ainsi que son environnement, ils utilisent un appareil photo pour décrire leur maison et leur famille. J'ai montré des photos de leur quartier que j'ai trouvé sur Google. Ils ont été très intéressés de voir cela. Je teste pour voir comment ils réagissent. Ils vont essayer de retrouver l'endroit où ils vivent. Grâce à cette photo satellite, ils peuvent visualiser leur quartier et déterminer le lieu des magasins, des services privés ou publics, des cultes, etc.»

George Nabil, Permanent Asmae Egypte-Lekaa


(1) Romani est ce jeune "promené" par Soeur Emmanuelle en Belgique comme témoin de la vie des chiffonniers du Mokattam et de celui de l'oeuvre de Soeur Emmanuelle. 

(2) Asmae est un prénom arabe. Cela va compliquer les explications dans le texte. Nous prendrons donc l'habitude de parler de l'animatrice Asmae et de l'association Asmae-Lekaa pour bien différencier les deux.

Note : Cet article est paru dans Passerelles n°48 de décembre 2005.

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