Projets, Roumanie

Un théâtre pour les orphelins de Roumanie

roumanie-57Il est des contrées très lointaines, Et même si elles font parties de notre continent, s'y rendre relève de l'épopée. 

Il est des pays miséreux où les enfants sont littéralement parqués dans des orphelinats, Parfois, les éducatrices chargées de leur encadrement tiennent plutôt de Mister Hyde que du Docteur Jekill.

Il est des nations où des êtres maléfiques font régner un climat de terreur, Que ce soit le vampire des Carpates ou le Génie de ces mêmes montagnes, il ne fait pas bon vouloir être libre dans ces terres reculées.

Il est un pays tellement pauvre que les ambulances ne se déplacent plus si vous êtes trop âgé.

Il est un pays où l'on aurait découvert un vaste charnier avec des corps de femmes et d'enfants horriblement mutilés. Cela paraît fou... mais c'est ce que l'on prétend chez nous. Et d'ailleurs, il doit y avoir un fond de vérité car je l'ai lu dans la presse.

Il est un pays...

Et si ces déclarations n'étaient qu'affabulations ? C'est que nous, les pionniers (1) de Fleurus (une bourgade au nord de Charleroi), nous serions plutôt adeptes de Saint Thomas. Durant le mois de juillet dernier, nous avons donc arpenté les chemins chaotiques de Roumanie pour apprendre à connaître ce pays, ses traditions et (surtout !) les hommes et les femmes qui forment ce peuple accueillant et chaleureux.

Premièrement, il est vrai que se rendre en Roumanie, c'est un peu plus loin qu'aller chez le boucher du coin. Trois jours nous furent nécessaires pour atteindre la frontière roumaine. Mais il faut modestement avouer que nous nous sommes un peu égarés dans une petite ville du sud de la Pologne où le travail a rendu libres des milliers de morts.

Pour découvrir un pays, avec un groupe d'une vingtaine de jeunes de 16 printemps, l'autocar est un moyen fabuleux, car il permet une mobilité sans égal. Jour après jour, Marcella (c'est son petit nom) et ses chauffeurs devinrent littéralement membres à part entière du groupe.

Afin de ne pas scouter idiot, notre poste avait décidé de monter un spectacle de marionnettes dans trois orphelinats. Pour ce faire, une année ne fut pas de trop pour mettre sur pied la pièce de théâtre ("Les trois petits cochons") et pour organiser notre périple (financement, contact avec les orphelinats, conception d'une balançoire...).

Dire que l'accueil qui nous fut réservé était fort (très fort)-midable est un euphémisme. Car, dès le début,  le contact entre les adolescents favorisés que nous étions et les enfants roumains fut une réussite et cela malgré la barrière de la langue. Notre pièce de marionnettes ne les laissait point indifférents, tant et si bien que l'apparition du loup (que ceux qui ont la mémoire défaillante relisent leurs classiques il fut parfois source de crises d'hystérie parmi notre jeune public.

Et Asmae dans tout cela, me direz-vous ? Si l'équipe des permanents de la rue Neerveld nous fut d'une aide conséquente lors des préparatifs, en nous donnant moultes trucs et ficelles, elle nous permit de passer trois jours mémorables (je pèse mes mots !) à Boarta, ce petit village plus connu des ASMAtiques par son orphelinat.

Notre premier contact avec le patelin fut un long pow-pow vespéral avec quelques villageois pour tenter de résoudre une question existentielle : "l'unique pont de bois du village résisterait-il au passage de notre car ?". Courageux mais pas téméraires, nous décidâmes après de longues minutes de ne pas tenter le diable et d'abandonner notre véhicule au centre de Boarta.

Pour transporter tout notre fourbis dans la maison qui nous accueillait, nous avons pu bénéficier de l'aide de guides horizon (2) bruxelloises. Celles-ci consacraient trois semaines à l'animation des enfants de l'orphelinat. Pour se changer les idées de temps à autres, ces guides papillonnaient dans la région.

Notre séjour fut consacré à l'animation d'une vingtaine d'enfants de l'orphelinat. Pendant qu'une équipe  de pionniers organisait des ateliers bricolage, certains dressèrent une grande balançoire à deux pas du module de plaine de jeux qui, en 1995, fut montée par la Route Magellan (3). Que ceux-ci se rassurent: leur construction est toujours de ce monde.

Si notre pièce de théâtre reçut un accueil chaleureux dans l'enceinte (c'est un terme imagé!) de l'orphelinat, ce fut, bel et bien, la représentation dans la salle des fêtes qui restera dans les annales. Par voie d'affiches, la population fut conviée au spectacle qui attira une foule hétéroclite et enthousiaste.

Impossible de ne pas effleurer, non plus, les bons moments passés lors des match de foot et d'une veillée pour les autochtones, lors de l'achat interminable (mais agréable) de quelques pommes ou lors de nos  soirées dans l'estaminet local.

Mais ces souvenirs délicieux ne sont rien à côté du moment fort que fut la présentation de la pièce dans l'hôpital de Sibiu réservé aux enfants atteints de maladie infectieuse. Ces marmousets atteints, pour certains, du Sida, furent à la limite de l'apoplexie en découvrant notre pièce. Il faut avouer que les visites sont plutôt rares dans ce milieu clos. Pour nous remercier,  les enfants nous ont emprunté les marionnettes afin de rejouer la pièce à leur manière. Nous avons même droit à une ribambelles de comptines et autres compliments.

Mise à part cette étape inénarrable à Boarta et à Sibiu, notre séjour fut agrémenté d'un passage par les Carpates, d'une visite-éclair de Bucarest et, sans exhaustivité aucune, un repos sur les plages de la Mer Noire.

Nous souhaitions réitérer nos plus vifs remerciements à l'équipe belge et roumaine d'ASMAE dont l'aide fut comme du sel sur des frites: indispensable.

Axel Henry


(1) Scouts aînés ayant de 15 à 18 ans; chaque groupe s'appelle un poste.

(2) Filles du même âge que les pionniers.

(3) Groupe de jeunes partis à Boarta dans le cadre d'un camp organisé par ASMAE. Le module de plaine de jeux avait été financé par la Fondation Roi Baudouin.

Note : cet article est paru dans Passerelles n°24 de juin 1997 page 8-9

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