Projets, Roumanie

Camp à Boarta, une expérience inoubliable

roumanie-16Dans le cadre de l'appui à l'orphelinat roumain de Boarta, ASMAE soutient, prépare et encadre des groupes de jeunes de mouvements de jeunesse prêts à s'investir deux ou trois semaines, durant leurs vacances, dans l'animation des 70 enfants que compte cette maison d'enfants. Ces groupes complètent ainsi très utilement l'action qui se poursuit durant toute l'année, en termes de collaboration entre les éducatrices locales et les volontaires de l'association qui s'y engagent, quant à elles, pour des périodes de six mois. En juillet 1997, un groupe de guides d'Anvers a ainsi eu l'occasion de faire leur camp à Boarta. Leur récit, très descriptif, rend bien compte de la réalité vécue par les enfants au quotidien.

Notre projet de partir à l'Est afin d'aider dans un orphelinat a germé dans nos têtes eu octobre 1996. Ensuite, petit à petit, ce projet s'est concrétisé en janvier 1997 pour partir finalement au mois de juillet. Pendant cette année, diverses activités se sont succédées pour préparer ce camp, pour financer, récolter du matériel didactique, préparer de activités ur place (jeux, bricolages).

Nous sommes parties en monospace bourrées d'attentes, d'envies, de questions à la recherche d'autre chose. En somme, vers l'aventure. En passant la frontière hongroise, nous avons été frappées par une extrême pauvreté. Aucune autoroute, mais des routes cabossées avec des "carutza" (charrues tirées par de chevaux) et encombrées de camions polluants.

Par la suite, nous avons été agréablement surprise de l'accueil des autochtones. Nos réticences occidentales s'exprimaient tout de suite sous forme de méfiance. En réalité, nous avions tort. La solidarité entre les habitants d'un même village est très touchante, chose qu'on ne rencontre plus du tout chez nous.

Animation

Côté animation ce ne fut pas du gâteau. Organiser un jeu en groupe est quasi impossible, vu qu'ils ont une mentalité de "chacun pour soi". Le plus grand problème est qu'ils seraient capables de se battre pour un morceau de papier. On ne connaît pas la langue et la communication est plutôt lente. c'est frustrant. D'autant plus pour expliquer un jeu comme "1-2-3 piano" (un-doi-trei). Ce qui est plus facile, ce sont les chants qu'ils apprennent vite et qu'ils adorent. avec des mouvements de préférence ("il était un avocat". "une araignée sur le plancher", "mon coq est mort", etc.).

Les enfants, de leur côté, nous ont aussi appris des chant roumains. La veillée fut très appréciée sur place ainsi que par les gens du village. notre programme a rétréci à vue d'oeil. Pour faire une promenade, par exemple, il fallait d'abord demander la permission à la directrice.

Nous avons séparé les enfants par petits groupes pour faire des ateliers bricolage. Nous n'y sommes pas arrivé, N'ayant aucune autorité sur eux. Il fallait donc qu'une éducatrice veuille bien nous accompagner mais elles n'étaient pas toutes très enthousiastes, ce qui a aussi ralenti notre programme. Les enfants, par contre, adorent qu'on s'occupe d'eux: un  simple "juju adada" suffit pour un sourire et un petit bouquet de fleurs de leur part. Sachez bien que si vous faites "l'avion" avec l'un, les 69 autres se feront le plaisir d'accourir aussitôt pour vous sauter dessus. Préparez vous à dire "gata" (1) à temps avant d'être sous une montagne de gosses même s'ils sont à croquer.

Le pays et la population

En passant de Hongrie en Roumanie, on a constaté une grande différence. Tout d'abord il y avait moins de voitures, remplacées par des charrettes et des chevaux. Il y avait même des vaches qui nous barraient la route. Ensuite, les maisons des Roumains ont rarement des signes de modernité, mais les couleurs des façades nous ont fortement impressionnées. Les habitants sont plus ouverts, plus serviables. Les gens n'hésitent pas à nous aider, à nous montrer le chemin, à nous inviter pour boire un verre. On a toujours été bien accueilli. Lorsque nous passions dans les villages, tout le monde s'arrêtait pour admirer notre luxueuse voiture.

Le marché et les petits magasins sont typiques pour ce pays pauvre. Le paysage est magnifique. li y a beaucoup de verdure, de montagnes... La nature y est vraiment splendide. Malheureusement, le temps était très variable. Nous n'avons pas pu profiter des lacs. Pour finir, nous voulons encore accentuer le fait que nous avons adoré le pays et que nous aimerions bien y retourner.

Contacts avec les enfants

Après des mois de recherches et de contacts avec des personnes qui sont parties à Boarta et après avoir vu des photos, on s'attendait à ce que les enfants soient sales, qu'ils louchent... Mais en réalité, ils étaient vraiment adorables ! Nous étions vite sous le charme de ces petits Roumains abandonnés. Les enfants attendaient notre venue avec impatience et à la première rencontre, ils nous ont "sauté" dessus.

Ils manquent d'affection, aussi ils profitent le plus possible de notre passage et de notre attention. C'était à tel point qu'ils se battaient entre eux pour pouvoir faire "juju adada" sur nos genoux. Notre vocabulaire était restreint mais nous formions des mots roumain-français et nous employions le langage des signes pour nous faire comprendre.

Les enfants de leur côté expliquaient aussi (en roumain) ce qu'ils voulaient de nous, mais malheureusement on ne pouvait pas toujours satisfaire leurs désirs. Au moindre petit jeu qu'on faisait avec eux, ils nous rendaient un beau sourire, des yeux brillants et des fous rires. Mais ils n'étaient pas toujours si heureux, car il était impossible de nous occuper de chacun d'eux à chaque moment de la journée. II y avait souvent des cris et des pleurs, ils se battaient entre eux pour partager un bon moment avec nous.

En été, les enfants vivent presque toujours dehors, dan leur jardin de jeux où ils peuvent se défouler en sautant, dansant, balançant, glissant et en nous courant après. Mais pour éviter qu'ils passent leur vie dans cet enclos, on avait organisé avec des éducatrices roumaines une promenade dans le village. Les enfants étaient enchantés de pouvoir quitter leur lieu quotidien pour un peu explorer les alentours. Le jour où on a dû quitter l'orphelinat, ce fut très pénible. On avait les larmes aux yeux car on savait qu'on ne reverrait plus ces petits bouts de choux. Et cela nous fait beaucoup de peine. Notre sentiment peut se résumer par: une aventure inachevée et inoubliable.

Les guides horizons de Sainte Jeanne d'Arc - Anvers


Note : cet article est paru dans Passerelles n°26 - mai 1998 - page 12-13.

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