Projets, Roumanie

Boarta, 5 ans d’engagement avec les Roumains

roumanie-89Vingt-sept février 1993. Deux volontaires ASMAE partent pour un long voyage qui les amènera, en compagnie d'un convoi français de l'association Parrains d'O.R. (1), à l'orphelinat de Boarta (Transylvanie) : Sylviane Lopez et Vinciane Guissard qui y travailleront respectivement 9 et 4 mois. 

Vingt-sept février 1998. Par le hasard des choses, c'est, jour pour jour cinq ans après, que la dernière équipe, Véronique Diez, Bénédicte Fournier et Marie Dandois, prend en quelque sorte officiellement congé de Boarta, à la faveur d'une fête organisée ce jour-là pour les enfants de l'institution, en guise d'au revoir.

En cinq ans, beaucoup d'eau aura coulé sous le pont branlant qui assure le passage au-dessus de la petite rivière du village, sur le chemin qui mène à la "casa de copii prescolari" (maison d'enfants préscolaire). Au total, 28 filles se sont investies, en général pendant 6 mois, à Boarta, dans l'espoir d'y améliorer, avec le concours des éducatrices local es, le quotidien des enfants de Boarta., aujourd'hui au nombre d'une septantaine.

Aujourd'hui, cinq ans après, l'heure du bilan est là. Mais comme il est difficile d'évaluer ce que la présence de ces volontaires belges et françaises a pu apporter dans ce projet-relais! On aimerait pouvoir revenir cinq années en arrière, juste pour se remémorer comment y vivaient les enfants. Les souvenirs des uns et des autres ne laissent pourtant pas la place à l'ambiguïté : Boarta, en cinq ans, a bien changé. Mais comment déterminer la part d'évolution propre à la présence des volontaires ? Comment faire la part des choses avec les volontés de changement de la directrice des lieux, Madame Maria Mija, avec le dynamisme de certaines éducatrices (surtout les  jeunes, plus fraîchement arrivées); comment prendre en compte le cheminement, lent mai réel, des mentalités en Roumanie, perceptible auprès du personnel dans son ensemble? Et on ne peut passer sous silence les bouleversements en cours dans ce pays au niveau du secteur de J'enfance en général.

Ainsi, la Roumanie est, sauf erreur de notre part, le premier pays au monde à avoir créé récemment un ministère chargé spécifiquement de l'enfance en difficulté, de manière générale. Si les effets sur le terrain de ces nouveautés restent encore peu perceptibles, il n'en reste pas moins que ceci démontre la volonté des autorités politiques de prendre le problème à bras le corps. La Roumanie est de loin le pays d'Europe où il y a le plus d'enfants en institution, sans compter tous ceux, et ils sont nombreux, qui ont préféré la rue et les bandes à un encadrement pédagogique et humain parfois déficient.

Mais revenons à Boarta. Lors de la dernière semaine de février, l'équipe de suivi de projet, à savoir Sophie Arnould, Jean-Lou Charlot, Sophie Dallemagne, Marina d'Hoop, Bettina Secchia et l'auteur de ces lignes se sont rendus sur place, pour cette fin de projet. Ils nous semblait en effet particulièrement important de clôturer ensemble, et avec la dernière équipe, ce qui restera avant tout, pour toutes les filles (oui, toutes !) ayant travaillé à Boarta une formidable expérience humaine et culturelle. Cette semaine fut aussi le point de départ de l'évaluation finale du projet.

Notre semaine fut dense, très dense. Outre les indispensables et passionnant moments d'évaluation avec chacune des trois filles terminant le projet, nous avons rencontre l'Inspectorat scolaire (branche du Ministère de l'Education ayant les maisons d'enfants sous sa tutelle), la directrice de Boarta deux reprises), Minerva Olariu (présidente de l'Association de Solidarité avec les orphelins roumain), les éducatrices et. .. les enfants, lors de la fête déjà évoquée.

S'il est en particulier un moment qui nous donna un espoir, même mesuré, que les changements à Boarta continueront, c'est bien cette rencontre avec les éducatrices de Boarta. S'il faut rappeler que peu ont une réelle formation pédagogique, on a pu quand-même entendre, au fil des échanges de cette matinée très riche, que beaucoup ont néanmoins des idées et le dynamisme susceptibles de prolonger l'action des volontaires étrangères. Oh, bien sûr, Boarta n'est pas sur le point de devenir une institution modèle, loin s'en faut., mais il y a un vent de changement qui ne semble pas pouvoir s'arrêter. Et cette expérience réussie nous a donné quelques regrets: ceux de ne pas avoir suscité plus souvent ce type de réunion. Reste aussi à souhaiter que la directrice retrouve le punch dont elle a fait preuve à certaines époques et qui semblait, de son aveu même, l'avoir quelque peu quittée ces derniers temps.

Cette semaine de rencontres sur place ne sera pourtant que la première partie du bilan. En effet, il nous a semblé indispensable de confier une étude de l'impact de cinq ans de travail à Boarta à des personnes neutres, en tout cas moins engagées affectivement que les membres de l'équipe de suivi du projet, dont les qualre filles sont elles-mêmes des anciennes volontaires à Boarta. Le choix ne fut pas rude : Claire Delforge, psychologue et spécialiste des institutions, ayant de plus visité la maison d'enfants de Boarta en novembre 1991 (soit avant le début du projet, ce qui est, évidemment, très intéressant en termes de comparaison) et en mai 1993, lors de la présence de la première équipe, accompagnée pour ce travail par Géry de Broqueville, administrateur-délégué d'ASMAE et ayant accumulé avec l'association 15 ans d'expériences diverses dans le domaine de la coopération au développement, dont également une visite à Boarta en juillet 1994. Bref, le duo sans doute idéal pour tenter d'y voir plus clair dans la part prise par les 28 filles dans l'évolution de Boarta. Nul doute que dans une prochaine parution de ce journal, nous pourrons vous rendre compte de cette mis ion sur place qui a eu lieu au mois d'avril.

La fin de la présence étrallgère à Boarta ne signifie pas pour autant la fin de l'appui à l'orpllelinat ! Outre les résultats de l'évaluation, il sera aussi tenu compte, bien entendu, des demandes de la directrice et du personnel. D'ici quelques mois, le. temps pour chacun des intervenants de ce projet, de "digérer" cinq ans d'investissement, peut-être devenu, avec le temps, trop pesant pour l'institution.

Reste à remercier, dores et déjà et quel que soit le résultat de cette évaluation, tous ceux et celles qui ont rendu ce projet possible." os" 28 filles d'abord: Sylviane, Vinciane, Danielle, Marina, Florence, Sofica, Emmanuelle, Brigitte, Bettina, Hélène, Gwénaëlle, Fabienne, Murielle, Hélène, Sophie, Réjane, Bénédicte, Sophiedji, Isabelle, Véronique, Maryse, Anne-France, Isabelle, Corinne, Gaëtane, Véronique, Béttina et Marie. Ensuite, nos partenaires: Maria Mija et l'ensemble du personnel de Boarta, Minerva Olariu, Lucian Suciu, les responsables de l'Inspectorat scolaire de Sibiu, Jean-Lou Charlot, Gérard Jaffres, Danielle Chantelou, ainsi bien sûr que toutes les autres personnes engagées dans les associations Parrains d'O.R. (1) en France et en Belgique, sans oublier l'aide inestimable que nous ont apporté, à diverses reprises, les services de l'ambassade de Belgique à Bucarest.

Le meilleur est pour la fin : un merci tout spécial pour Géna et Vasile Marculetîu, la famille d'accueil des 28 filles qui se sont succédées à Boarta. Si un grand vide fait certainement aujourd'hui place, dans leur maison, à l'effervescence de ces cinq dernières années, aucune des 28 filles ne pourra oublier qu'elle y a trouvé bien plus qu'un toit: une vraie famille. Désormais, grâce à la magie de la photo et à un "pêle-mêle" impressionnant, les 28 demoiselles de Boarta, accueillent chaque visiteur des Marculetiu, dans le petit village de Seica Mare.

Xavier Verhaeghe.


(1) Les associations française er belge Parrain d'O.R. (orphelins Roumains).

Note : Cette article est paru dans Passerelles n°26 - mai 1998 - page 10-11.

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