Histoire

Asmae a oscillé vers l’aide humanitaire…

Capture d’écran 2013-04-19 à 09.50.37Bernard Kouchner ne nous avait pas encore fait le coup du sac de riz porté sur ses épaules qui va dessiner l'option "aide humanitaire" qui prévaut encore actuellement, dans beaucoup d'associations, surtout françaises. Cette scène qui fut un coup médiatique bien préparé se passe en effet, en 1992, en Somalie. Dix ans auparavant, Asmae aurait pu verser dans cette notion en apportant une jeep-ambulance au bidonville du Mokattam. Cette jeep a bien existé, elle a bien été amenée par quatre volontaires Asmae à travers l'Europe. Elle a bien traversé la méditerranée et est bien arrivée dans le port d'Alexandrie. Cette Jeep est restée coincé dans le port faute des bons documents pour entrer en Egypte mais un bon bakchich bien placé fait le reste. Elle a effectivement circulé sur le territoire égyptien avec des plaques belges, tout d'abord et égyptiennes illégales ensuite, le temps de l'amener au bidonville du Mokattam. Ce cadeau était bien empoisonné ! Il a empoisonné la vie de tout le monde d'ailleurs. Celle de Sœur Emmanuelle, d'Abouna Semaan, de l'ambassade de Belgique au Caire et, des années plus tard, d'Asmae... Cette affaire nous a rattraper via Interpol. les autorités égyptiennes voulaient savoir ce qu'était devenu ce véhicule rentré illégalement en Egypte. Cette jeep-ambulance n'a jamais servi d'ambulance. Bien qu'équipée, elle ne correspondait à aucune norme de santé. Elle était sous-équipée et toujours sans plaques officielles. Elle a fini ses jours dans le centre de formation professionnelle de Ezbet-el-Nakl où les élèves démontaient et remontaient le moteur... Interpol nous a retrouvé via le Touring Club de Belgique. Ces derniers nous ont convoqué en leur bureau, rue de la Loi. La réunion était surréaliste. Nous devions payer une amende pour ce véhicule qui n'existait plus. Cette amende s'est élevée à 10.000 livres égyptiennes. Visiblement c'était la même amende que nous aurions du payer en 1982. La chance était avec nous, car le taux de change avait évolué positivement pour nous. En 1982, si mes souvenirs sont bons, la livre valait 85 BEF. Au moment de la convocation, elle valait 10 BEF. Nous devions donc débourser 100.000 BEF au lieu de 850.000 ! Tout content de s'en tirer à bon compte, Asmae a payé ! Mais, quand même, voilà une aventure dont l'association se serait bien passée. Mais d'où est venu cette idée de déplacer ainsi une ambulance ? Capture d’écran 2013-04-19 à 10.00.05Le nom de l'association, au tout départ n'était pas le nom "Asmae". Asmae représentait le nom du projet. Le projet se trouvait en Egypte et donc tout naturellement, nous avions appelé le nom du projet "Aide social et médicale à l'Egypte". Tous les ingrédients de l'humanitaire s'y trouvaient. Nous partions pour aider dans le domaine social. Le médical était représenté par la jeep ambulance ainsi que des vaccins anti-tétanos qui n'ont du reste jamais servi. Le nom de l'association était "Les uns pour les autres". Pour les jeunes des années 81-82... ce nom doit dire quelque chose car il fait référence au film de Claude Lelouch "Les uns et les autres". Film culte à nos yeux... Nous sommes allés le voir plusieurs fois... Au tout début du film, on voit une colonne de véhicules de la Croix-rouge qui traverse le désert vers un pays en guerre pour sauver les populations. La jeep-ambulance est là ! Elle est présente déjà dans nos têtes. Nous aussi, on va faire cela. Nous aussi on va organiser notre colonne de jeep-ambulance... Très vite nous nous sommes rendus compte qu'il fallait beaucoup d'argent. Nous avons réduit nos prétentions à un véhicule ! Mais le virus était là, tapi dans l'ombre. Il fallait que l'on trouve l'argent pour réaliser le rêve de la colonne ! Et on l'a fait, et cela n'a servi à rien ! Si tout de même, cela a servi à nous construire, à oser en parler entre nous, à oser se dire que l'on avait échoué. Nous étions jeunes, sans expérience, avec toute notre fougue, nos envies, nos espoirs de voir aussi un monde meilleur. L'année 1981 est une année pleine d'incertitudes, de guerres en Afrique, d'assassinats (en octobre Sadate venait de se faire assassiner)... Nous avions des rêves fou de changer le monde... et nous avons commencé à le faire, en bougeant, en créant l'asbl "Les uns pour les autres" avec le projet Asmae, en mobilisant les jeunes lors de la marche parrainée du 19 décembre, en travaillant dans le bidonville du Mokattam à la construction d'un centre d'alphabétisation... et en amenant une jeep et des médicaments qui n'ont servi à rien. C'est de cette vision de colonne de la Croix-rouge, c'est de cette musique (le Boléro de Ravel), c'est de ce chant "Les uns et les autres" qu'est né Asmae qui existe trente ans après... Après cet épisode humanitaire avant date, Asmae a touché un peu encore avec le médical dans le cadre de l'un ou l'autre projet en Égypte, mais s'est tournée rapidement vers un travail plus social et en droite ligne de la coopération au développement... avec quand même la spécificité d'un travail avec des jeunes belges qui partent en chantier... et avec des jeunes égyptiens. Asmae s'est donc rapidement éloignée de l'aide humanitaire. A suivre... Géry de Broqueville  

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