Histoire

Janvier 1982 : premier chantier Asmae

Soeur Emmanuelle et Abouna Samaan et deux jeunes d'Asmae au Mokattam en janvier 1982

Soeur Emmanuelle et Abouna Samaan et deux jeunes d'Asmae au Mokattam en janvier 1982

Si l'association a été fondée lors de l'assemblée générale du 15 décembre 1981, c'est en octobre 1981, au 24 heures vélo de Louvain-la-Neuve qu'a été décidée la mise sur pied de l'association Asmae. Le premier chantier s'est déroulé en janvier 1982 dans le bidonville du Mokattam. C'est un groupe de 10 jeunes qui ont été accueillis par Abouna (Père) Samaan, curé de l'église du Mokattam. Ce dernier a répondu favorablement à la demande des deux délégués de la toute jeune association Asmae. C'était Sœur Emmanuelle qui avait suggéré à Abouna Samaan d'accepter ce  groupe de jeunes d'Asmae, ne voulant pas d'eux sur son projet à Ezbet-el-Nakl. Elle trouvait aussi que notre rôle n'était pas de venir travailler dans un bidonville. Elle voulait que nous assumions notre "métier" : étudier car nous étions des étudiants !   Sœur Emmanuelle nous avait prédit les pires turpitudes (couteaux entre les omoplates et jets de pierres par les enfants) si nous allions travailler dans ce bidonville. Pour des jeunes de 20 ans, cela paraissait plus excitant que paniquant. Nous sommes partis sans se soucier des remarques de Sœur Emmanuelle tellement cela nous semblait de l'ordre de la rumeur. Elle nous a dit que Le Mokattam était le repaire de truands, d'assassins, de voleurs, etc. Voulant vivre l'aventure avec un grand A, nous sommes donc partis pour le Mokattam. Nous avons été remarquablement accueillis par une population qui voyait débarquer pour la première fois des étrangers dans leur lieu de vie. Il a fallu freiner l'enthousiasme des familles toute surprise d'accueillir ainsi des jeunes qui s'intéressaient à eux. Chaque jour une famille tuait un cochon pour nous l'offrir ! Abouna Samaan avait lui même prêter sa maison dans le bidonville pour que nous puissions y loger le plus confortablement possible. Nous en étions gêné de ce luxe bien que chaque soir nous devions faire la chasse aux rats qui venaient nous narguer jusque sur nos sacs de couchage. Là nous avons appris à nous rationner en eau puisque nous avons découvert que l'eau était "marchante" et portée sur la tête des femmes qui remplissaient chaque soir la citerne située au sommet de ce bâtiment qui était le seul construit en dur avec l'église. Ainsi l'équipe Asmae a vécu durant 3 semaines dans la crasse, parmi les rats, les chiens errants, les ordures... en se sentant presque chez soi tant l'accueil était formidable. La rumeur du Caire, à propos des habitants du Mokattam, était plus nauséabonde que celle des ordures du bidonville. L'équipe Asmae a construit un centre d'alphabétisation dans la partie haute du bidonville qui n'avait pas encore d'école ni de dispensaire. Ce lieu était excentré par rapport aux bâtiments construits par Abouna Samaan. Ce dernier était enchanté qu'une association puisse donner un appui dans cette partie du bidonville qui n'était desservie par aucun service. Le projet lancé par Abouna Samaan a été interrompu par des responsables de la Banque Mondiale qui ont débarqué avec leur grosse jeep et leur costume 3 pièces dans le bidonville, en montrant des plans, prouvant qu'à l'endroit de construction du centre d'alphabétisation se trouvera une bretelle d'autoroute endéans les 20 ans à venir (2). Décontenancés par le ton péremptoire de ces messieurs-dames, et après avoir vérifié que la Banque mondiale n'avait pas d'autres projets, nous avons acheté un bâtiment à l'abandon que nous avons réaménagé pour en faire un centre d'alphabétisation (3), dans un autre endroit du bidonville. Notre surprise a été totale lorsque nous avons vu Sœur Emmanuelle débarquer sur le lieu de travail. Avec sa petite voix aigrelette qui nous deviendra vite familière, elle nous interpelle sur le fait que nous soyons encore en vie, que les enfants ne nous ont pas jetés des pierres au visage, etc. Je l'entends encore nous dire : "C'est ma faute s'il vous arrive quelque chose, s'il faut mourir, mourons ensemble" ! Nous avons haussé les épaules face à cette religieuse qui n'écoutait que les rumeurs d'un gros village qu'est Le Caire ! Dès les premiers instants, elle s'est rendue compte que les chiffonniers qui nous entouraient étaient des êtres humains comme les autres, ni meilleurs ni moins bons que ceux qui vivaient à Ezbet-el-Nakl. En parlant avec les uns et les autres, elle s'est rendue compte que ces gens étaient les cousins de ses frères les chiffonniers de son bidonville ! Elle a changé du tout au tout son attitude face à ces personnes qui vivent avec les mêmes difficultés que les autres chiffonniers des autres bidonvilles ! Sœur Emmanuelle s'est appropriée le projet. Elle a probablement "négocié" avec Abouna  Samaan pour devenir celle qui allait soutenir le haut du bidonville tandis que le Père Samaan continuait son travail avec le bas du bidonville. Nous ne connaissons pas le dessous des cartes mais c'est depuis 1982 que Sœur Emmanuelle a commencé à travailler au Mokattam.
Inauguration du centre d'alphabétisation situé à l'Est de Manshiet Nasr.

Inauguration du centre d'alphabétisation situé à l'Est de Manshiet Nasr.

En même temps, elle a dû se dire qu'elle avait fait une erreur en refusant ce groupe de jeunes ! En arrivant au Mokattam, au milieu du chantier, c'était une manière pour elle de récupérer ces jeunes qui tout compte fait, apportaient l'argent qui finançait le projet. En Belgique, Asmae avait réussi à mobiliser des centaines de jeunes qui participaient aux activités de récolte de fonds avec enthousiasme. Ainsi la première grosse activité organisée a été une marche parrainée dans le bois de la Cambre et la forêt de Soignes. Elle a regroupé plus de 1000 jeunes qui ont marché 5, 10 et 20 km au profit d'Asmae... sous la neige. La totalité des activités de la toute jeune Asmae a permis de récolter la coquette somme de 300.000 BEF (7.500 EUR). Nous avions aussi reçu des dons en nature dont notamment une jeep qui a été transformée en ambulance (4). Le centre d'alphabétisation a été inauguré en toute simplicité avec Sœur Emmanuelle par une première leçon donnée par un professeur vivant dans le bidonville. Les jeunes d'Asmae sont revenus à Bruxelles, bouleversés par cette expérience.Fallait-il continuer ou en rester là... Mais déjà le centre d'alphabétisation s'est, rapidement avéré être trop petit. Dès l'année suivante en 1983, il a fallu agrandir le centre... (A suivre) Géry de Broqueville (1) Un autre texte racontera cette aventure. (2) Autant vous dire que cette bretelle n'a jamais été construite ! (3) Ce lieu a été transformé plus tard comme logement pour Sœur Emmanuelle et Sœur Sara situé pas loin de la future école construite par Sœur Emmanuelle. (4) Cet épisode est racontée à cette adresse-ci

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