Projets, Réflexions, Sénégal

Plus de one-shot ?

sensibilisation-divers-180Asmae a toujours balancé entre la coopération au développement et l'éducation aux développements, tout en faisant les deux. Au tout départ de l'association, Asmae s'est lancée dans l'aide au développement. Ainsi Asmae voulait dire "Aide sociale et médicale à l'Egypte". Lors de son 10e anniversaire, Asmae avait organisé une exposition intitulée "De l'aide à la complémentarité". L'association s'est donc éloignée très vite de la notion d'aide pour chercher un mode d'appui et de partenariat différent.

Devenir complémentaire, c'était imaginer que le partenaire du Sud nous apportait beaucoup dans notre manière d'être Il fallait donc une autre posture que celle qui était en vogue à l'époque. Les experts du développement, ce n'était pas que nous qui étions bien formés dans de belles universités belges. La connaissance du développement était peut-être différente de ce que nous imaginions. Nous commencions aussi à nous positionner comme apprenant. Nous commencions à découvrir l'humilité. par opposition à l'arrogance du développeur.

Depuis lors Asmae, n'a cessé d'innover dans sa pratique de partenariat et donc de coopération au développement. Bien sûr la pratique des chantiers imaginée par Asmae en 1981 était nouvelle et innovante mais aussi décriée par le petit monde des ONG de l'époque. Asmae ne faisait pas partie de "ces gens-là". Envoyer des jeunes en chantiers pour, soi-disant, réaliser un projet de développement, cela semblait complètement incongru pour le petit monde de la coopération qui, par expérience, n'aime pas le changement dans ses habitudes. Il est probable que c'est pour cette raison que la demande d'Asmae, à l'époque, de devenir ONG n'a jamais été acceptée.

Avec le recul, c'est tant mieux. Asmae a toujours gardé une grande indépendance de vue et d'esprit sur l'ensemble de ses actions. Elle n'est jamais rentrée dans des normes, dans des visions de la coopération pour faire comme les autres avec des méthodes qui n'en sont pas. Que l'on ne vienne pas me dire que les méthode Marp, Pipo ou cadre logique sont des méthodes valables. Toutes ces méthodes qui partent, non pas du vécu des populations, mais des cerveaux des spécialistes de la coopération ne donnent jamais des résultats positifs. Ces derniers savent très bien que le Cadre logique est tellement compliqué à remplir que dans 99,9 % des cas, ce sont les ONG du Nord qui le remplissent à la place des bénéficiaires, selon les critères demandés par le bailleurs de fonds.

Pour faire passer un dossier chez un bailleur de fonds, chacun se demande comment fonctionne le cerveau de celui qui va lire et donc essaie d'adapter le projet aux mécanismes de compréhension du futur lecteur. De ce fait, on est loin de la participation du bénéficiaire à la réalisation de son propre projet et donc de la résolution de ses problèmes (1). Toutes les méthodes de remplissage de dossier ne sont donc pas bonnes car l'ONG du nord va rentrer des informations qui sont peut-être justes au départ, dans des cadres normés (parfois avec un nombre maximum de signe) pour faire en sorte que le projet d'origine "colle" avec la réalité que le bailleurs de fonds a envie de lire en fonction de ses objectifs propres, parfois définit au moment de la fondation de l'association.

Celui qui remplit les cases doit même imaginer quels seront les réponses à donner à l'avance pour expliquer les écarts qui existeront de toute manière... Ecarts qui d'entrée de jeu existent puisque le dossier ne correspond pas à la réalité de terrain. Et si vraiment l'exercice est impossible de relier la réalité de terrain à la théorie du dossier, l'ONG du nord ou son représentant dans le sud feront passer l'association/Ong locale pour des imbéciles ou des voleurs, en tout cas des incompétents qui ne comprennent pas ce qu'on leur demandent. Il m'est déjà arrivé de lire ou d'entendre des ONG du nord qui se défendaient en utilisant des phrases racistes comme : "de toute façon, avec les Africains, on arrive jamais à rien" ! J'ose espérer que ce genre de commentaires affligeant devient de plus en plus rare.

Une solution ?

Elle est toute simple mais presque impossible à mettre en place tant que les bailleurs de fonds du Nord se spécialisent dans leur domaine de prédilection. Depuis toujours Asmae refuse de se positionner comme étant experte en un domaine. Elle préfère même clamer qu'elle n'est experte en rien. C'est peut-être le chemin des chantiers  "one shot" qui est à l'origine de cet état de fait. Asmae a commencé par de petites projets. Durant de nombreuses années elle a continué ainsi mais en se rendant compte que la somme de ces petits projets réalisés à travers des chantiers de rencontres entre jeunes a beaucoup de poids sur les populations localement.

Lors de mes rencontres avec des jeunes sénégalais par exemple (2), j'ai découvert que le taux de prise de conscience aux réalités de terrains est immense. Les jeunes sénégalais s'engagent tous différemment au service de leurs communautés. Certains se rendent compte aussi que cela ne sert à rien d'aller à la ville, et si tant est qu'il est important de se former à la ville, le plus important est de retourner dans son village d'origine pour y développer des activités, en se basant sur les capacités de tous.

Les chantiers de rencontres sont certes des petites actions mais le fait qu'elles soient réalisées par des jeunes, cela a un impact très grand au sein des villages. Et la répétition de ces petites actions finissent par faire des grandes actions.

La page consacrée aux projets soutenus au Sénégal, depuis 1997, donne une première image du nombre de projets réalisés dans ce pays. Ainsi de 2001 à 2015, plus de 300.000 euro ont été dépensé pour le développement des activités d'AJE dans les villes et villages de Dakar (Pikine), Thiès, Keur Moussa (Daral Peulh), Toubacouta (Soucouta, Missira, Betenty, Sangako-Median, Ndoumboudj). Des liens vont apparaître petit à petit sur cette page qui vont donner de plus amples explications sur le projet et l'état du projet à l'heure actuelle. La page "projet" va aussi montrer l'engagement d'Asmae auprès d'autres partenaires des autres pays.

Géry de Broqueville


(1) Les ONG répondent généralement à des besoins et non à des problèmes.

(2) Je suis revenu d'une mission au Sénégal mi-juin 2016.

 

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