Histoire

Soeur Emmanuelle

Soeur Emmanuelle en janvier 1982 (Copyright Asmae)

Soeur Emmanuelle en janvier 1982 (Copyright Asmae)

C'est en octobre 1981 qu'Asmae a vu le jour lors d'une assemblée générale qui a réunit plusieurs dizaines de jeunes étudiants. Cette création a eu lieu peu de temps après la rencontre entre Henri Visart qui était encore étudiant et Soeur Emmanuelle. Henri, avec sa verve habituelle a réussi à mobiliser plusieurs de ses amis pour faire connaitre le travail de Soeur Emmanuelle, mais surtout, pour aller travailler avec elle dans son bidonville de Ezbet-el-Nakl, au Caire. Étonnée par cette démarche, Soeur Emmanuelle refusa que des jeunes viennent ainsi l'importuner dans son travail. Qu'à cela ne tienne, les jeunes belges, se sont lancés dans la recherche de fonds qui allaient permettre de soutenir un projet au Caire. Ils ont organisé une marche parrainée en décembre 1981 qui a accueilli plus de 1000 jeunes malgré un deuxième refus de Soeur Emmanuelle. Cette dernière  a indiqué, à la jeune Asmae, le chemin du Mokattam en l'introduisant auprès d'Abouna Semaan, responsable du bidonville. En janvier 1982, quatorze jeunes belges ont commencé à travailler à la construction d'un centre d'alphabétisation. Je me rappellerai toujours ma première rencontre avec Soeur Emmanuelle ! Après quelques jours de travail dans le bidonville du Mokattam, un petit bout de bonne-femme arrive en gesticulant pleine d'admiration que nous étions encore en vie. En effet, les rumeurs du Caire avaient affublé les pires noms à ce bidonville comme étant le repaire de truands, voleurs et autres assassins. Prise de remords de nous avoir envoyé dans un tel coupe-gorge, elle venait aux nouvelles ! Nous lui avons montré combien la population était accueillante, souriante, ouverte à ces jeunes fous qui intervenaient dans leur vie, comme cela sans l'avoir demandé... combien eux, comme nous, étions des êtres humains dignes de respect ! Depuis ce moment-là, Soeur Emmanuelle est venue chaque jour sur le chantier, parlant avec les uns et les autres, découvrant que les habitants du Mokattam étaient cousins des chiffonniers d'Ezbet-el-Nakl. De notre coté, nous avons été séduits par cette religieuse que nous connaissions un petit peu puisque c'est en Belgique qu'elle a commencé ses premières tournées dans des paroisses, des écoles dès 1975, grâce au travail d'une toute jeune association : "Les Amis de Soeur Emmanuelle". En 1983, Asmae a continué à travailler au Mokattam en agrandissant le centre d'alphabétisation, puis a travaillé sur le projet des 1000 logements soutenu par le quotidien "La Libre Belgique". Asmae a aussi travaillé dans le lieu qui va devenir le centre sportif du Mokattam qui sera massivement soutenu par l'UCL. Les groupes de jeunes d'Asmae, à l'instar du premier groupe de 1982, ont continué à travailler avec Sœur Emmanuelle au Mokattam, à Méadi-Tora et à Ezbet-el-Nakl, jusqu'à la fin des années 80. A la demande de jeunes français, je suis allé à Paris pour fonder Asmae France, en 1986. Ce n'est que plus tard que Soeur Emmanuelle, voyant l'intérêt d'allier l'association Les Amis de Soeur Emmanuelle France qui végétait quelque peu et les dynamiques jeunes d'Asmae France, a fusionné les deux association pour n'en faire qu'une en 1987. S'opposant sur des questions fondamentales de développement durable, tant avec Asmae France qu'avec Soeur Emmanuelle, même, Asmae Belgique a décidé, de continuer sa voie qui est la sienne actuellement. C'est ainsi qu'il y a deux associations qui portent le sigle Asmae, ayant prises toutes les deux des voies différentes et n'ayant plus, à l'heure actuelle, de collaboration. Soeur Emmanuelle, une grande dame ! Soeur Emmanuelle n'est certainement pas étrangère à mon engagement au sein d'Asmae. Ce fut le cas aussi pour des centaines de jeunes qui sont passés par l'association et qui ont pu la rencontrer dans les chantiers ou en Belgique, jusqu'il y a quelques années. Même si nous nous étions opposés, quelques années auparavant, nous sommes restés amis. Elle venait au bureau Asmae s'entretenir avec les bénévoles de l'association. Elle nous parlait des évolutions de cette dernière qu'elle pouvait découvrir en lisant notre revue "Passerelles". Elle nous parlait de notre force et notre conviction de croire dans la capacité des jeunes à changer le monde et m'expliquait avec émerveillement combien elle était heureuse de voir les jeunes égyptiens se prendre en main en créant leur propre association qui, en 2006, est devenue Lekaa (Asmae Egypte) reconnue par le Ministère des Affaires sociales égyptiens. C'est donc avec beaucoup de tristesse que l'on voit partir ainsi une grande figure de l'humanité. il est en tout cas, une chose certaine, son message "Yallah ! En avant, les jeunes", reste prédominant dans l'association Asmae, même si l'on n'y fait plus référence. Géry de Broqueville Fondateur d'Asmae et actuellement coordinateur.

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