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10 ans d’OMD ? Echos du Nord et du Sud

Capture d’écran 2013-04-17 à 14.33.52Les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) sont apparus dans un contexte de négociation entre les pays occidentaux et les pays en voie de développement (PVD) en septembre 2000. Le but était de fixer des objectifs communs qui forment ensemble une ligne de mire vers laquelle tous les bailleurs de fonds étaient supposés tendre. Ces objectifs répondent directement au principe d’alignement de la coopération au développement. Un autre but est d’harmoniser la coopération au développement et de garantir à chaque Etat-partenaire une aide adaptée à ses besoins. Dix ans plus tard, la réalité des faits semble se situer ailleurs que dans l’idylle de la rhétorique. Mais au niveau du cadre de travail de terrain, l’asbl Asmae et AJE peuvent se voir paradoxalement plus proches de notions définies dans les OMD que des organisations d’aide publique internationales. Les OMD en très bref Les OMD marquent, en l’an 2000, le retour de la problématique des politiques de développement mondiales à l’ONU après vingt ans de suprématie des organisations de Bretton Woods dans ce domaine. Et ce grand retour est d’autant plus remarquable que les Etats signataires ont la prétention de s’attaquer à la fois aux problèmes de la paix, de la sécurité, des droits de l’Homme et du développement. Nous pouvons comparer les OMD à une sorte de contrat global entre les pays développés et les PVD. Mais il semblerait que ces lignes directrices soient en réalité à la fois trop larges et trop floues et que les objectifs sociaux des OMD ne constituent dans les faits qu’un emballage d’une perspective démocratique absente. Ainsi, le terme de « bonne gouvernance » ne serait utilisé que comme « accompagnement d’une rhétorique creuse » (1). La participation à son propre développement La « participation » se trouve au cœur des mécanismes contemporains d’organisation de notre vivre-ensemble. L’Etat reconnaît de plus en plus l’importance du marché et de la société civile qui semblent êtres passés d’une structure pyramidale à une approche en termes de réseaux. Les projets de développement insistent sur le « développement avec » les populations concernées. Et la coopération internationale tend, elle aussi, à adopter cette forme de partenariat. La notion de participation se réfère dès lors non seulement à un moyen pour obtenir un appui international mais aussi à un moyen pour asseoir une légitimité populaire pour ceux qui introduisent cet appui. Malheureusement, de tels mécanismes de participation proposés reposent la plupart du temps sur un modèle occidental ne s’inspirant que très peu des modèles autochtones qui pourtant fonctionnent déjà. In concreto Ce qui est clair, c’est qu’il n’y a rien de neuf. Ce ne sont pas les Nations Unies, et encore moins nos deux associations, qui ont inventé le principe de la participation. Déjà lors de la révolution industrielle par exemple, les ouvriers ont fait l’expérience de la participation. Dès la naissance des mouvements de jeunesse aussi, la participation y a pris une place particulière. C’est plus tard qu’on s’est rendu compte que ce principe pouvait apporter une très belle contribution dans la lutte contre la pauvreté. La particularité du réseau de Toubacouta est de vraiment vivre la participation. N’importe quel groupe de jeunes peut en effet faire preuve de participation en s’appropriant tous les moments de la création d’un projet. Malheureusement, il arrive souvent qu’ailleurs le concept de « participation » soit fort mal utilisé ou réduit à la simple récolte de données sur le terrain. Entre théorie et pratique Selon René Sibomana, on part dans le Sud aujourd’hui avec une vue beaucoup plus globale de la personne que l’on va voir et de l’espace que l’on va rencontrer. L’influence des  OMD se sent sur le terrain « au niveau du souci de mettre tout en commun et d’avoir des actions concertées avec d’autres partenaires pour qu’on puisse vraiment arriver à de bons résultats» (2). Nous pouvons remarquer qu’on tient non seulement compte des spécificités des régions et des localités mais surtout du désir des acteurs à être maîtres de leurs projets. Les OMD sont divisés en plans stratégiques. Ce processus d’inclusion se poursuit jusque dans chaque commune en passant par les régions qui ont leur propre plan de développement. C’est ainsi que, chaque projet s’inscrit dans la logique des OMD. Cependant, le concept de « partenariat » peut devenir comme un mot vide à la longue, parce que les gens disent « partenariat » alors que leur comportement reste toujours le même comportement que la         « coopération » (3). En contrepartie, ce que Géry de Broqueville avance c’est que l’Union européenne utilise beaucoup le cadre logique mais que sur le terrain, les acteurs ne réfléchissent pas forcément de la même manière que les fonctionnaires européens et ils le remplissent donc surtout pour faire plaisir ou espérer avoir un financement. Du coup, « le cadre logique se trouve vide de sens ou complètement faux» (4). Et pour obtenir un financement ? Depuis les OMD et la déclaration de Paris de 2005, les choses se sont compliquées. En  effet, il paraîtrait que l’imbrication poussée des structures de financement jusqu’à l’échelon local ne permette plus de s’écarter des objectifs spécifiques de chaque pays. En outre, même si ce biais semble poser un problème aux associations qui font tout ce qu’elles peuvent pour subsister, il est fort à parier que cet effet participe pleinement aux efforts d’alignement et d’efficacité de la coopération internationale au développement. En deux mots Les OMD ont l’ambition de régler tous les maux des pays en voie de développement  en s’attaquant tant à la pauvreté qu’à l’éducation, la santé et l’égalité des sexes entre autres. Et cette ambition pourrait à certains égards pouvoir déforcer leur efficacité. Par contre, le travail en partenariat des associations telles que celles que nous connaissons se rapproche autant dans sa formulation dans leur charte commune que sur le terrain. Dans certains cas, même si les OMD ont du mal à faire écho au niveau de l’aide officielle, la réalité de terrain que rencontrent des ASBL du développement peut être d’un tout autre ordre et se calquer aux grands objectifs globaux. Les termes « partenariat » et « participation » forgés par la plus haute instance de légitimité mondiale déteint indéniablement sur le travail d’acteurs privés du développement. Le partenariat se vit au jour le jour même au-delà des frontières et des continents, la participation permet à des groupes d’individus en difficulté de  réellement prendre leur destin en main. C’est donc une dynamique de rapprochement non seulement des populations mais aussi des continents qu’influe l’approche en réseau des récentes déclarations officielles. Néanmoins, loin de créer un vif engouement, il est fort à parier que le futur de la coopération au développement réside bel et bien dans un effort d’intégration de la société civile. Thibaut de Radiguès (1) S. AMIN, Objectifs du millénaire pour le développement, p.120 (2) R. SIBOMANA, entretien du 14/04/2010 (3) Ibid. (4) Ibid.  Note : Cet article a été publié dans Passerelles n°51 de mars 2011.  

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