Dossier

Au milieu de nulle part branché sur le monde

soudan-711993. Bush soudanais au milieu de nulle part. Une jeep 4 x 4 s’arrête dans un silence devenu oppressant par des années de guerre civile. Trois hommes en sortent, aussi éberlués que s’ils avaient vu un martien, pour regarder le quatrième poser un ordinateur portable sur le capot du véhicule. Il était temps, la fenêtre de communication va s’ouvrir dans quelques instants. Un téléphone satellite branché sur l’ordinateur permet à Mgr Taban (1) de relever ses mails en provenance de Nairobi, de Kampala et d’autres parties du monde. Dix minutes seront nécessaires pour transmettre sa pensée, ses ordres, ses réflexions à ceux qui l’attendent là-bas au loin. En 1996, après les événements dramatiques du Rwanda, notre partenaire Action Jeunesse & Environnement (AJE) se retrouve à Goma dans un camp de réfugiés. Cette ONG a été reconnue par le Haut commissariat aux réfugiés (HCR) sur un programme d’enfants ex-militaires de l’armée rwandaise. Pour communiquer ailleurs dans le monde, AJE téléphonait et envoyait des fax via satellite en louant très cher des durées de communication. Asmae n’a eu de cesse de proposer à ses partenaires des outils informatiques et de communication pour leur permettre d’être au même niveau que le Nord. Internet a permis aussi une grande révolution dans les modes et le coût des communications. D’année en année, les prix ont chuté tout en connaissant une amélioration dans les systèmes de communication. Les deux premiers supports ont été incontestablement le site Internet et le mail. Le premier réseau social, Facebook, va aussi révolutionner le système de communication entre les gens dès 2006 (2). Prenons l’exemple de Lekaa (Egypte) qui possède un groupe intitulé ASMAE. Elle ne communique avec tous ses volontaires qu’à travers son groupe Facebook. Elle sait depuis plusieurs années que les jeunes vont de moins en moins voir leurs mails sur leur compte classique. Lekaa est alors très progressiste mais par ailleurs n’a pas le déclic automatique d’utiliser Skype. Et pourtant cela permet d’avoir de la téléphonie gratuite. Si Skype est un outil très prisé par AJE, Lekaa ne l’utilise quasiment pas ! Tous ces outils de communications permettent aux ONG de développement du Nord et du Sud de mieux communiquer et plus rapidement. Les outils proposés ont tous une base commune: Internet. Même les téléphones d’Asmae se sont adaptés aux nouvelles technologies : le VOIP (Voice over IP – voix sur le réseau IP) est une technique qui permet de communiquer par la voix via l’Internet,  à un moindre coût, les téléphones étant reliés entre eux, comme des ordinateurs peuvent l’être, en réseau Ethernet. Un autre atout de la téléphonie mobile est la possibilité de prendre des photos ou des vidéos sur le vif et de les envoyer par SMS ou MMS pour présenter des instantanés de leurs actions en cours. Ces vidéos peuvent alors sans problème être présentées sur Youtube ou Dailymotion pour que le plus grand nombre soit au courant de l’évolution d’un projet. Ces vidéos et photos peuvent aussi être placées très facilement dans un blog. Nos partenaires se sont adaptés aux technologies de la communication. Ainsi, AJE possédait jusqu’en 2010 un site Internet statique (aje-sn.org) qui n’évoluait guère. Asmae a apporté son appui pour transformer le site AJE en blog. Le système de blog permet d’être mieux référencé par les moteurs de recherche comme Google ou Yahoo. Pour conclure, nous allons paraphraser notre partenaire d’AJE, René Sibomana qui me posait une question concernant une fonction élémentaire de son ordinateur:           « Vous les Européens, vous avez mis 30 ans pour arriver à la connaissance de la chose informatique. Vous nous avez poussé à connaître la même chose que vous en la moitié de temps. Donnez-nous le temps d’apprendre le b.a.-ba de l’informatique ». Géry de Broqueville (1) Mgr Paride Taban est alors évêque de Torit au Sud-Soudan. L’auteur l’a rencontré lors d’une visite au Sud-Soudan en 1993. (2) Et nous ne parlons pas de Twitter qui permet une communication encore plus rapide. Note : Cet article a été publié dans le dossier "TIC, éthique et développement" du Passerelles n°51 de mars 2011.  

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