Réflexions

De l’évidence d’une conscientisation aux alternatives citoyennes au Nord

DSC01141"Demain", le documentaire de Cyril Dion et de Mélanie Laurent a enregistré plus de 900 000 entrées (1) dans les salles obscures, et vient de recevoir le César du meilleur documentaire. Pourquoi un tel succès ?

Parce que ce documentaire est une bouffée d’optimisme ; il montre des solutions, sans critique aucune des crises écologiques, économiques et sociales ; il plonge dans l'univers d’alternatives déjà mises en œuvre, des Etats-Unis à l'Inde en passant par l'Islande ou la France: essor de l'agriculture biologique, développement des énergies renouvelables, recyclage généralisé des déchets mais aussi réhabilitation de la démocratie participative. Le film donne à voir un inspirant puzzle d’alternatives destiné à construire une autre histoire de l’avenir. Pour surmonter le discours pessimiste ambiant, ce « there is no alternative » - slogan largement médiatisé d’inspiration tchatchérienne - nous avons besoin d’espoir ! D’autres films – moins médiatisés – allaient heureusement déjà en ce sens. Citons à titre d’exemples, « Transition 2.0 », « Une douce révolte », « Everyday’s rebellion », ou plus récemment « En quête de sens ». Tous ces films dégagent l’horizon embrumé en dévoilant, chacun à leur manière les actions, même les plus infimes, d’un nombre considérable de gens sur terre qui défendent et oeuvrent pour un autre monde. Et ça fait du bien.

Asmae s’intéresse à ces alternatives depuis toujours ; La « participation » à un monde meilleur – valeur clé de l’association - passe forcément par des actions constructives et positives. Le secteur Education aux développements réfléchit plus particulièrement ces dernières années à proposer aux jeunes des pistes de solutions pour alimenter leurs envies d’agir, des potentialités de participation citoyenne, en Belgique, qui se feraient dans un souci constant d’interdépendance Nord-Sud.

Car les inégalités du Nord comme du Sud sont interconnectées, liées aux lois d’un système mondial et globalisé. Tout acte au Nord a un impact au Sud et réciproquement. A ce sujet, nous souhaitons rappeler qu’Asmae ne vise pas une émancipation paternaliste des pays du Sud ; Asmae souhaite avec ses partenaires une conscientisation générale des jeunes à la situation mondiale pour une meilleure prise de position citoyenne qui irait – dans l’idéal – vers des actions concrètes pour un monde plus juste, au Sud comme au Nord, en respect du contexte dans lequel elles s’inscrivent.

Cette conscientisation ne peut donc se contenter, pour Asmae, d’une sensibilisation à la réalité des pays du Sud ; elle doit passer par une ouverture à la réflexion quant à la réalité du Monde en général ; et de la Belgique plus particulièrement – qui est le terreau d’actions des jeunes le plus accessible, le plus proche de leur quotidien.

DSC03076Pour y parvenir, Asmae a toujours souhaité mettre à disposition des jeunes un espace d’échanges et de rencontres où l’on pouvait partager ses inquiétudes bien sûr – comment ne pas désespérer parfois de l’avenir de l’humanité…et de son propre avenir ? – mais aussi ses rêves, ses espoirs. L’éducation aux développements consiste en partie à offrir ce lieu de dialogue, pour que collectivement les jeunes s’enrichissent réciproquement de leurs visions multiples. Des sensibilisations et des formations aux enjeux Nord-Sud ouvrent la réflexion, donnent des moyens d’interroger et de critiquer des mécanismes parfois très complexes (règles du commerce international, mécanisme de la dette, communication interculturelle, etc…). Elles soulèvent des questions fondamentales qui non seulement régissent le bien-être et la liberté individuelle mais évoquent également la responsabilité collective des citoyens du Nord comme du Sud. Ces espaces d’éducation sont, à travers la pensée et le dialogue, une première manière de concevoir d’autres possibles.

Mais l’éducation aux développements consiste également à rendre accessible des choses jusque là inconnues de l’imaginaire des jeunes, pour éveiller l’espoir, pour libérer la créativité, pour leur donner l’occasion de faire sens au quotidien à travers des actes qui témoigneraient de qui ils sont et de ce qu’ils souhaiteraient devenir. C’est pourquoi un nouveau programme de formation a été mis en place ; il s’appelle « Projet Nord » et permet aux jeunes de rencontrer, en Belgique, des citoyens qui s’organisent, fort de leurs convictions, pour un monde solidaire, que ce soit à titre individuel, collectif ou associatif.

DSC01153Les « alternatives » proposées touchent toutes les thématiques ; sociales, culturelles, économiques, politiques, environnementales,… Le programme s’adapte aux intérêts et soucis du jeune. Ainsi, à titre d’exemples, Asmae a fait connaître des jardins collectifs, des repair cafés, un potager entretenu par des réfugiés, une ferme en agriculture biologique, une communauté qui vit de la permaculture, des collectifs de sans-papiers, une coopérative alimentaire lancée par des jeunes, une banque alternative, les monnaies complémentaires, des lieux de lutte pour les Biens Communs, … Bref, une diversité d’engagements et de parcours citoyens dans lesquels le jeune peut puiser de quoi nourrir sa réflexion et ses propres désirs de citoyenneté, co-construire une société de façon réfléchie, la plus cohérente possible en regard du chemin où il se situe et des idéaux qu’il rêve éventuellement accomplir.

Le « Projet Nord » a déjà été proposé aux jeunes en service citoyen. Il a pu récemment été présenté à des jeunes du secondaire inférieur dans le cadre d’une formation longue à la citoyenneté mondiale. A chaque fois, Asmae est entièrement partie des préoccupations manifestées et a remporté un franc succès (cfr intvw). Dans ses objectifs structurels, Asmae s’est maintenant engagée, pour les quatre années à venir, à approfondir les alternatives Nord : En développant des partenariats avec différents acteurs de la société civile, Asmae mettra en place des activités spécifiques à destination de publics jeunes en vue de les sensibiliser à des alternatives sociales et citoyennes qui répondent aux valeurs de l’association et contribueraient à renforcer l’engagement des jeunes pour une société plus juste, solidaire et responsable au Nord comme au Sud.

Le film « Demain » l’a montré ; l’intérêt est important et grandissant de développer d’abord nos imaginaires, d’entendre que d’autres chemins sont envisageables, que des solutions existent et que d’autres peuvent être inventées. L’association met aujourd’hui plus que jamais un point d’orgue à les rendre visibles aux jeunes. Pour permettre l’action. Pour entretenir l’espoir.

Pour plus d’informations sur le « Projet Nord » : candice@asmae.org

Candice Lenoble

(1) A l'heure où l'article paraît sur ce blog, on compte plus de 800.000 entrées en France et plus de 100.000 en Belgique.

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