Dossier

Pour un meilleur partage des savoirs

Capture d’écran 2013-04-16 à 14.20.35Stéphane Boulc’h est responsable de publication à l’association le COTA. Il a notamment dirigé en 2008 la rédaction d’un Plaidoyer pour l’appui aux radios locales de services aux communautés en Afrique de l’Ouest. En 2009, il s’est penché sur la question du partenariat en réseau d’échange et de renforcement de capacité (1). Passerelles : Depuis les années 1990, on nous parle de l’avènement des « autoroutes de l’information ». La globalisation n’en finit pas d’être « en marche » mais dès qu’on fait 50km en dehors de Dakar, la situation semble autre…: Où en est, au juste l’accès aux NTIC dans les pays du Sud ? Stéphane Boulc’h : Cette question appelle de multiples réflexions. Elle pose en effet un problème de gouvernance, un problème politique…Les technologies de l’information et de la communication sont un enjeu. Mais l’accès aux technologies n’a de sens qu’à partir du moment où celles-ci s’intègrent dans un projet. Et au-delà de cela, la question centrale qui se pose aujourd’hui, me semble-t-il, est non seulement celle de l’accès à la connaissance mais aussi et surtout celle de la participation à sa production. Aujourd’hui encore, au-delà même du clivage politique et économique Nord/Sud, cette connaissance est produite par certains acteurs, biaisée des villes aux campagnes par de multiples fractures sociales, culturelles… Pour autant, les rapports de force évoluent. Du rapport vertical qui prévalait par le passé, on est largement passé à du collaboratif, à du partenariat. Le partage de la connaissance s’en trouve modifié. Et dans la foulée, la couverture Internet s’est largement développée, le réseau de la téléphonie mobile a connu un essor remarquable, les radios locales se sont multipliées… Passerelles : Mais ces remarquables avancées ne génèrent-elles pas des flux d’information démultipliés peu évidents à gérer et surtout à exploiter et ce y compris au Nord? Et quand ces informations s’avèrent-elles cruciales pour résoudre des questions de développement ? Stéphane Boulc’h : Le renforcement des capacités est effectivement une question centrale. Si la connaissance est aujourd’hui un must, son partage suppose une mise en réseau des acteurs concernés. Or, au-delà de capacités technologiques à communiquer, quelle ONG développe aujourd’hui une réelle stratégie de la connaissance ? Et pour quoi faire ? Au Nord, où l’on dispose pourtant de facilités techniques et où l’on est a priori davantage familiarisé avec les (N)TIC et les médias en général, l’intégration des nouvelles technologies ne se fait pas aussi rapidement qu’on pourrait le souhaiter, y compris dans le tissu associatif de la coopération. A mon sens, l’enjeu  n’est plus tant aujourd’hui l’accès au savoir mais la contribution qui permet son appropriation, son intégration dans des pratiques utiles aux collectivités. Or, qui actuellement produit l’essentiel du savoir ? Le Nord, et quelques gens du Sud. Pour autant, on sait qu’il existe, dans les milieux ruraux par exemple, des savoirs particulièrement précieux mais qui demeurent hors jeu. Ainsi, nous avons rencontré des délégués d’associations sensibles à la collecte de savoirs locaux. La question qu’ils nous renvoient est toujours la même : tout le monde s’accorde sur la valeur des connaissances qu’ils ont pu rassembler. Mais comment les partager ? Et comment accéder aux endroits où ces connaissances sont discutées, capitalisées ? Plus une connaissance est collective, plus elle est valide. C’est comme Wikipédia. On y trouve le pire et le meilleur mais sa valeur vient surtout du fait qu’un large public y a accès. Propos recueillis par B.Fo. (1) Lire le Plaidoyer pour l’appui aux radios locales de services aux communautés en Afrique de l’Ouest. Etude Hors Série n°8, COTA, asbl, 2008. Accessible en ligne à l’adresse : www.cota.be/SPIP/IMG/pdf/Hors-Serie_8.pdf. Voir aussi Stéphane Boulc’h, Partenariat en réseau d’Echange et de renforcement de Capacité, l’Etude-Recherche, mars 2009. L’objectif du COTA est le renforcement des acteurs, au Nord et au Sud, qui influencent ou interviennent dans les processus du développement. Ce renforcement porte sur leur connaissance et leur compréhension des contextes du développement et de ses enjeux aux niveaux global et local, leurs capacités d’analyse critique et de réflexion, leurs capacités d’action et de travail en synergie. Pour plus d’informations, cf. http://www.cota.be/ Note : cet article a été publié dans Passerelles n°51 de mars 2011 dans le dossier intitulé "TIC, éthique et développement".  

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