Dossier

Technologies, accès à la connaissance et émancipation

puceAlors que l’ « e-reputation » et la présence sur des réseaux sociaux comme Facebook et Twitter font de plus en plus partie des préoccupations de certaines grandes entreprises, la question de la fracture numérique reste critique. Et si les technologies de l’information et de la communication (TIC) accentuent cette fracture numérique, on peut également se demander quels rôles jouent les TIC dans l’émancipation des pays en voie de développement. La première condition à satisfaire pour pouvoir prendre sa place dans le monde numérique actuel est d’avoir accès à un ordinateur et aux ressources nécessaires pour pouvoir faire fonctionner ce dernier (électricité, etc). Dans ce cadre, il existe des projets visant à équiper les pays en  développement. Un de ces projets est « One Laptop per Child » (OLPC). Comme son nom l’indique, ce projet se propose de donner des ordinateurs portables à des enfants défavorisés. Ce projet est remarquable à plus d’un titre. D’une part, il a permis la mise en place de différentes politiques pour pouvoir concrètement équiper les enfants des pays en voie de développement. D’autre part, le traditionnel mécénat, mais également une formule « 2 en 1 » originale où, à l’achat de deux ordinateurs, l’un était envoyé au client demandeur alors que l’autre était envoyé à un enfant défavorisé, a vu le jour. Cette politique se justifiait pleinement par le fait que l’ordinateur en question avait été conçu spécifiquement pour les besoins de ces enfants. Ce qui n’a pas manqué d’attirer l’attention des amateurs d’informatique de par le monde. Un autre projet intéressant est « Computers for Africa » qui se propose de rassembler et d’envoyer des ordinateurs « dépassés » en Afrique. Il va de soi que si les TIC doivent jouer un rôle dans l’émancipation des pays en  développement, cela passera obligatoirement par une étape d’équipement matériel. Et cet équipement est souvent plus exigeant puisqu’il doit être adapté au contexte d’utilisation. Ainsi, s’il est assez rare en Europe de subir des pannes de courant, ces dernières sont monnaie courante dans bien des endroits du globe. Il est donc nécessaire de prévoir un matériel spécifique permettant de gérer cet inconvénient, par exemple en s’équipant avec des UPS (Uninterruptible Power Supply), c’est-à-dire des batteries permettant soit d’utiliser l’ordinateur jusqu’au retour de l’électricité, soit de faire le nécessaire pour éteindre proprement l’ordinateur. Ce matériel spécifique implique donc un coût supplémentaire. La gratuité au programme Un deuxième aspect important dans le cadre d’une acculturation aux TIC est de pouvoir travailler avec les ordinateurs, et cela passera donc par des logiciels. A ce niveau, le mouvement open source est remarquable puisqu’il fournit de nos jours des alternatives souvent gratuites à la majorité des usages possibles pour un ordinateur. Certaines de ces solutions étant employées dans les entreprises de nos pays développés, il est particulièrement intéressant pour les pays en voie de développement d’employer ces logiciels, mais aussi de les maîtriser de manière à acquérir des connaissances cruciales dans notre monde numérique. De ce point de vue, les TICs, et plus particulièrement les logiciels open source, offrent une possibilité unique d’émancipation, puisque la maîtrise de ces logiciels dépendra essentiellement de l’utilisateur. Il lui faudra sans aucun doute passer beaucoup de temps pour progresser dans l’utilisation puis la maîtrise du logiciel, mais cet apprentissage lui permettra d’enrichir à la fois ses connaissances, mais aussi son expérience. L’utilisation des TIC est également un facteur non négligeable d’économie. En effet, l’utilisation de ces outils permet de réaliser des économies en matière de déplacement par exemple. Un logiciel tel que Skype permet – à l’instar des échanges réguliers entre le bureau d’Asmae et ses partenaires  du Sénégal et d’Egypte  notamment – d’organiser des réunions virtuelles sans frais de déplacement inutiles. Les TIC actuelles favorisent la création de réseaux sociaux (Facebook, Twitter, mais aussi des sites plus spécialisés comme GitHub permettant aux développeurs de gérer et de collaborer autour de leurs logiciels). Ces réseaux sociaux permettent donc l’émergence de communautés virtuelles, ces dernières étant une réponse efficace à la « fuite des cerveaux ». Mais il va de soi que la simple utilisation des TIC ne rend pas automatiquement plus efficace, il est nécessaire de s’investir, de se former et de réfléchir à l’adéquation entre les buts du projet et les outils utilisés. Internet : le passage obligé ! Un dernier facteur important dans l’utilisation des TIC pour s’émanciper est la possibilité d’avoir accès à Internet. Même s’il est possible de créer un réseau local et d’y installer les logiciels adéquats, l’enjeu pour une émancipation importante est de pouvoir prendre sa place au sein du monde numérique actuel, et cela passe nécessairement par Internet. De ce point de vue, il existe des inégalités importantes, même si la situation s’améliore à certains endroits. Vous trouverez ci-contre une carte du monde, qui montre  les différences majeures entre les pays. (1) Nous avons vu dans cet article que les TIC peuvent jouer un rôle dans l’émancipation des pays en développement. Mais la seule utilisation de ces TIC n’implique pas cette émancipation. Il est nécessaire de se former et de s’impliquer activement de manière à véritablement prendre sa place dans le monde numérique actuel. Manu Dipretoro &  Bart Theunis Emmanuel Di Pretoro est Maître de formation pratique pour de futurs bacheliers bibliothécaires-documentalistes du département social (IESSID) de la Haute Ecole Paul-Henri Spaak (Département des sciences de l’information et de la communication (SIC) de l’ULB.) et il effectue une thèse de doctorat concernant la pérennisation des données structurées. Bart Theunis est expert en knowledge et information management. (1) Cette carte provient de Wikipedia (EN), disponible en ligne à l’adresse suivante : http://en.wikipedia.org/wiki/File:Internet_users_by_country_world_map.PNG, et s’appuie sur des données provenant de la CIA (https://www.cia.gov/library/   Note : Cet article a été publié dans Passerelles 51 de mars 2011 dans le dossier intitulé "TIC, éthique et développement".              

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