Réflexions

Le XXIe siècle sera participatif

participationFace aux montées des extrémismes, des sentiments de mal-être vécus par de plus en plus de personnes, face à la domination de l'argent, des multinationales et des Etats sans état d'âme, face à des fonctionnaires obtus... une révolution presque silencieuse s'installe partout dans le monde, dans chaque pays, chaque région.

Cette révolution est née à l'aube du XXIe siècle au moment des premiers "Forum social mondial" qui depuis 2005 sont devenus  itinérants. Le Forum social mondial a pour but de rassembler les organisations citoyennes sensibles à la cause "altermondialiste". (1) Traitant des principaux sujets de préoccupation de la société civile en rapport avec la mondialisation, cet événement se présente comme une alternative sociale au Forum économique mondial qui se réunit à Davos en janvier de chaque année.

Le Forum social a posé sa méthode dans un document qui décrit le Forum comme un espace ouvert. où la règle de base de fonctionnement est la non-directivité : présence d'organisateurs-facilitateurs, les ateliers sont proposés en auto-organisation et en autogestion et enfin le Forum refuse la notion de rapport final : "Les rencontres du Forum Social Mondial n'ont pas un caractère délibératif en tant que Forum Social Mondial. Personne ne sera donc autorisé à exprimer au nom du Forum, dans quelque édition que ce soit, des prises de position prétendant être celles de tous les participants." (2)

Par ses principes fondamentaux le Forum social mondial est précurseur avec l'utilisation de mots-clés comme "espace ouvert", "auto-gestion", "participation citoyenne". Ce formidable mouvement en a entraîné d'autres en donnant le ton pour les années suivantes. Les organisations citoyennes se mobilisent de plus en plus pour toutes les questions qui intéressent le citoyen, dans chaque pays. On a vu cela à propos des négociations récentes toujours en cours des accords commerciaux TAFTA et l’AECG (3),

Et les combats ne s'arrêtent pas là, puisque l'Union européenne interdit de produire, d'échanger, de vendre des semences naturelles non répertoriées dans son registre des semences protégées, depuis un an environ. Ainsi donc l'UE s'est clairement placée du côté des semences transgéniques (OGM) ou stériles en stipulant que toutes les semences non agréée sont mauvaises pour la santé humaine. Les associations organisent des réseaux de désobéissances civiques en permettant justement l'échange et le troc de ces semences vivantes et reproductibles.  Des associations comme Kokopelli en France ou Les semailles en Belgique sont visés par les interdictions de l'UE. Mais qu'à cela ne tienne, chaque "client" est un vulgarisateur puisqu'il suffit d'apprendre à laisser monter en graine sa production pour, à son tour, échanger ses semences avec des voisins, des membres de son quartier ou de son village.

Certaines organisations citoyennes lancent des pétitions, le mouvement "Stop TTIP" a déjà obtenu plus de 3 millions de signatures, d'autres pensent qu'il faut un travail en profondeur. La signature de pétitions est une manière d'agir. Certaines autres organisations ou mouvement proposent à chacun de changer sa propre vie pour agir mieux, au quotidien. Pierre Rabhi est un de ceux qui proposent que chacun fasse sa propre révolution. Il est l'initiateur du mouvement Colibris (4). Il s'agit donc de se réapproprier une citoyenneté heureuse basée sur la simplicité. Le mouvement Colibris est participatif parce que basé sur des méthodes d'intelligence collective. En Belgique, l'association Tetra a deux programmes de formation : "Sagesse et conscience" et "Terre et conscience". Les noms de ces programmes en disent long sur cette prise de conscience des acteurs.

La participation est irrémédiable

Même le monde économique se réveille en assurant une plus forte participation où l'on voit fleurir les plateformes informatiques de Crowdfunding, d'achats groupés, d'achats de produits bio ou locaux. Des centaines de start-up voient ainsi le jour avec des connotations sociales comme pour chaque achat, la société verse une somme "x" dans un fonds de développement en Afrique ou un autre plantera un arbre sur la planète. Le citoyen engagé se sent de moins en moins seul...

C'est la participation qui est le vecteur de tous ces changements. Le citoyen en a marre d'être considéré comme un mouton de panurge. Il réclame plus de démocratie, plus de possibilité de mouiller sa chemise, plus d'actes positifs . Et si les états ne comprennent pas cela, ce sera via la participation qu'une révolution douce aura lieu. Cette révolution est déjà en marche tant sur les réseaux sociaux qui sont un outil formidable de partage d'informations. Ainsi l'on découvre des techniques nouvelles de recyclage, de protection de l'environnement, de pratiques nouvelles d'agriculture, de constructions d'habitat en terre, en paille, en bois, passif ou actif, de production d'eau réellement potable, de protection des abeilles, parce que les citoyens de ce monde ont décidé de partager leurs connaissances. Tous ces mouvements participatifs recréent du lien entre les êtres humains.

Et notre méthode participative dans tout cela ?

"Je participe, tu facilites" n'est qu'une méthode pour un enjeu qui lui est beaucoup plus grand. Mais elle est méthode. Elle permet de replacer la participation au coeur de la démarche de la résolution de problèmes. Depuis des années, l'on avait cru que c'était les experts, les universitaires, les gens savants qui allaient apporter toutes les solutions aux humains créant une sorte de caste supérieure "qui sait tout" face à la majorité de la population "qui ne sait rien".

Fin des années 80, il a fallu le courage de se lancer dans l'aventure de la participation pour que naisse cette méthode. Et ce n'est pas un hasard si celle-ci est née dans le continent le plus démunis d'outils, l'Afrique. Voyons cela plutôt comme le continent le plus vierge d'outils asservissants. En inventant la démarche, "Je participe, tu facilites", l'Africain en fait un outil de libération de la parole, de l'imagination, de la capacité à l'action. Il met l'être humain au centre de la démarche comme acteur intégral venant du rien- le pas d'idée (5)- à l'idée, c'est-à-dire à l'action.

La démarche participative telle que nous la pratiquons apporte un renforcement de la personne car celle-ci s'auto-valorise en prenant conscience de ses connaissances de son milieu, de son environnement, de ses capacités à déjà résoudre des problèmes, de sa capacité de prise de parole, alors que celui qui est sensé l'aider, c'est-à-dire l'expert doit devenir un grand écouteur et donc apprendre à se taire. La participation inverse les rôles de manière définitive. Le facilitateur facilite, le participant parle, détermine, analyse et agit.

L'entité "Je participe" prend pleinement conscience de ses facultés de réflexion et d'action. Il rentre dans le monde du XXIe siècle et plus que tous devient acteur de changement. Ainsi cette méthode peut amener des populations à agir plus collectivement, pacifiquement, dans une révolution perpétuelle.

Géry de Broqueville

(1) Altermondialiste veut dire qu'un autre monde est possible. Ce mouvement s'est créé en réponse au Forum économique mondial de Davos. Il a débuté au début des années 80 essentiellement dans les pays du Sud qui luttait contre l'application des intérêts de la Dette et les ajustement structurels du FMI et ensuite contre la création de l'organisation mondiale du commerce en 1994. Les manifestations de Seattle, en 1999, sont celles qui ont été fortement médiatisée.
(2) On peut découvrir en détail ces principes de base en parcourant le site >Internet du Forum social mondial.
(3) TAFTA : Trans-Atlantic Free Trade Agreement qui représente une négociation entre l'Union européenne et les Etats-Unis. L'AECG (Accord Economique et Commercial Global) est un traité en cours de négociation entre le Canada et l'UE.
(4) Pierre Rabhi nous entraîne vers "L'insurrection des consciences" pour fédérer ce que l'humanité a de meilleur et cesser de faire de notre planète-paradis un enfer de souffrances et de destructions. Devant l'échec de la condition générale de l'humanité et les dommages considérables infligés à la Nature, il nous invite à sortir du mythe de la croissance indéfinie, à réaliser l'importance vitale de notre terre nourricière et à inaugurer une nouvelle éthique de vie vers une "sobriété heureuse"".
(5) "Le pas d'idée" est l'attitude des personnes (en groupe ou non) qui se sentent écrasées par leurs situations difficiles. Elles ne trouvent pas le bon chemin pour puiser l'énergie suffisante pour se sortir de cette situation. Elles subissent la vie et restent parfois les "bras ballants".

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