De vous à moi

Petite chronique d’un stagiaire en immersion

thibautQuelques-uns de mes amis m’ont instamment demandé d’envoyer des photos de moi. Ce que je n’arrive pas à leur faire comprendre c’est que je vis et travaille ici comme en Belgique. Une amie avance même des excuses socio-anthropo-culturelles au fait que je ne demande pas à mes proches de faire des photos de moi ici. Mais, qui d’entre vous en Belgique prend des photos de lui dans sa voiture en allant au travail, devant sa maison, en faisant les courses ou derrière son ordinateur ? Comme vous le remarquez, j’ai succombé aux « tractations », mais je n’en démords pas : au Sénégal comme en Belgique, je suis le même.

Concernant mon stage, nous menons (avec mes 2 collègues) deux projets de front. L’un pour lequel certaines activités ont déjà été menées : en un mot c’est le projet Protection de la mangroves. L’autre s’est mis en place au début février. On l’appelle « circuit de l’eau ».

Pour le projet Mangroves, le travail consiste à faire le suivi des activités en rencontrant les bénéficiaires dans les villages et à lancer les suivantes en organisant des réunions avec le chef et les notables dans chaque village sous l’arbre à palabres. L’année dernière, des arbres ont été plantés chez une vingtaine de personnes dans 2 villages. Maintenant on va lancer des formations en préparation de pépinières et en lutte contre les feux de brousse.

Pour le projet circuit de l’eau, nous devrons lancer six Recherches actions participatives dans six villages différents dans le but d’analyser avec les habitants comment la population en général et les jeunes en particulier vivent et comprennent la problématique de l’eau potable dans leur village. Pour plus d’information sur les deux projets, je vous invite à aller sur le site Internet d’Action jeunesse & Environnement où je les décris plus en détail.

RAP sur l'eau avec des jeunes du village de Néma Bah

RAP sur l'eau avec des jeunes

On m’a demandé si les gens étaient pauvres. Je répondrais peut-être de manière peu satisfaisante, en disant que les gens vivent ici à un autre niveau de vie que chez nous. A ce niveau, les gens ne sont pas plus pauvres que nous puisqu’ils ont pour la plupart une maison et de quoi manger. Ce qu’il faut aussi préciser à ce sujet, et sans entrer dans trop de détails, c’est que nous définissons en Europe la pauvreté presque exclusivement en termes économiques. Ici, la pauvreté peut se montrer toute différente. Une personne qui a beaucoup d’argent peut en effet être considéré comme pauvre si elle vit seule ou qu’il n’a pas ou peu d’amis et de famille. Un autre peut l’être aussi s’il a un handicap qui l’empêche d’exercer une activité professionnelle.

Par contre, ce qui choque ici, ce sont les SDF de chez nous. Ils préféreraient ici, les voir dormir par terre dans une maison que dehors dans le froid. Ça, c’est considéré comme la misère. Bien sûr qu’à leur niveau, on voit aussi de la précarité, mais principalement dans les villes où les gens s’entassent parce qu’ils rêvent au travail et à l’argent qu’il y a là-bas.

La misère est très rare dans les campagnes. En deux mots, c’est très ennuyeux  lorsqu’une récolte est mauvaise ou lorsqu’un enfant est malade par exemple. Mais, au fil du temps, la communauté villageoise a mis en place des systèmes de « sécurité sociale » très complexes .

De manière plus anecdotique et imagée, ce qui est marquant ici c’est qu’on peut tout acheter à la pièce : les morceaux de sucre, les sachets de thé, les cubes de bouillon, mais aussi les morceaux de pain, la quantité de pâte à tartiner à mettre dessus, les morceaux de courge, le litre d’essence ou le kilogramme de ciment,… Donc, si un jour, vous ne pouvez pas vous permettre le luxe du thé ou du poulet par exemple, ce sera peut-être pour le lendemain ou le surlendemain si Dieu le veut. Et c’est comme ça que « ça fonctionne » pour tout. Le principe de base c’est qu’avoir deux repas par jour, c’est bien même s’il n’y a pas grand-chose qui accompagne le riz. Il y a en plus toujours assez à manger même pour les personnes qui viennent rendre visite sans prévenir.

Ce qui peut aussi être considéré comme illustrant la pauvreté pour nous c’est que tout se fait à la main. La lessive, la cuisine, la vaisselle, et, dans beaucoup de villages : aller chercher de l’eau et du bois. Vous comprendrez donc aisément que les femmes restent encore souvent au foyer pour s’occuper des enfants et du ménage. Mais, ce n’est de nouveau pas considéré comme signe de pauvreté. On dit : « c’est comme ça », et on rend grâce à Dieu pour ce qu’il nous donne.

Autre fait marquant : tout le monde parle au moins 2 langues, souvent 3 sans compter l’arabe qui est omniprésent. Comme je le disais dans ma première chronique, dire bonjour est donc tout un sport (surtout pour moi qui apprend les langues et qui ne sait pas deviner à qui je dois m’adresser comment). L’Arabe se chevauche avec le Wolof, le Sérère et dans un moindre mesure, le Français. Et, quoiqu’on en dise ces langues ne se ressemblent pas. Pour dire la même chose, on dit : « Salam Aleykoum », « Nangadef », « Na Fio » ou « bonjour, ça va ». Que ceux qui y trouvent un lien se manifestent !

Thibaut de Radiguès

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