Réflexions

Invitation au savoir

UTLS-La-suite-2005Imaginée en France à l’aube du troisième millénaire, l’initiative consistait à parcourir, durant l’année 2000, en 366 conférences, l’ensemble des connaissances humaines. Dix ans après cette expérience extraordinaire, le projet existe toujours. Son nom : l’Université de Tous Les Savoirs (UTLS). Alors qu’il est de bon ton de fustiger la  superficialité de la société actuelle, le culte des « reality show » et le peu de goût du commun des mortels pour la connaissance, certaines initiatives tendent à démontrer qu’il existe encore, hors du système éducatif, un public soucieux de s’ouvrir, d’apprendre. Un public semble-t-il de plus en plus large. Partie prenante au projet, le philosophe Michel Onfray donne le ton : « Nous nous inscrivons dans la perspective de la philosophie des Lumières et de la démocratie, qu’il faut accompagner d’une éducation populaire ». Enjeu éducatif, enjeu démocratique donc !

Cet impressionnant cycle de conférences de l’an 2000 aura  servi de révélateur. Imaginé par Jean-Jacques Aillagon et dirigé par le philosophe Yves Michaud, le projet universitaire a rapidement été victime de son succès : auditoires bondés, files d’attente, etc. Résultat : prévue à l’origine pour durer un an, l’UTLS continue aujourd’hui une existence pleine de rebondissements. Reprise à la radio et sur Internet, elle s’est progressivement développée en province et rayonne à présent à l’étranger . Et depuis, un peu partout, les expériences se multiplient. Avec un succès inégal, certes, et sous des formes très diverses : universités « du troisième âge » ou « du temps libre », cycles de conférences organisés par des municipalités ou des associations, mais aussi des grandes écoles… Outre la gratuité et la qualité des conférences  toutes sont en accès libre et sans inscription –, la grande force de l’UTLS est de permettre à tout un chacun de les télécharger gratuitement en intégralité.

De l’Histoire (avec Jacques Le Goff, excusez du peu) au métier de sociologue, aux coagulants et floculants, à la cartographie et aux systèmes d’information géographique (SIG), la diversité des thèmes abordés n’a d’égal que le niveau remarquable des intervenants.

En France, l’Université des Savoirs s’incarne aujourd’hui en une web-TV des universités, Canal-U (cf : http://www.canal-u.tv/producteurs/universite). Ce site offre des vidéos de conférences données par de grands noms de la recherche et de l’enseignement en ligne ; et pas seulement dans le cadre de l’Université de Tous Les Savoirs. Les vidéos sont généralement découpées en chapitres, permettant à chacun une consultation ciblées en fonction des sous-thèmes abordés. Les conférences sont regroupées par volets thématiques: sociologie, politique, biologie, colloques et conférences de l’établissement national d’Enseignement Supérieur Agronomique, etc. Quasi toutes les disciplines universitaires sont représentées. Simple et agréable, l’interface du site fonctionne aussi bien avec Mozilla/Firefox que sous Internet Explorer. Même si la prise vidéo est forcément un peu statique, la qualité  d’image est bonne avec le haut débit.

A une époque où l’enseignement supérieur occupe une place croissante dans la société, l’enjeu est de combler le fossé qui existe entre le grand public et le monde académique et, plus largement, les lieux de production du savoir. Mais comment s’y prendre ? Comment attirer un public large et par nature hétérogène ? C’est peut-être là que le bât blesse. Car, curieusement, peu d’acteurs se sont penchés de façon approfondie sur les méthodes de transmission du savoir les plus appropriées. « La conférence traditionnelle n’est peut-être pas le meilleur outil. Nous devons utiliser les moyens pédagogiques d’aujourd’hui »,  souligne le Président de l’Association des Universités populaires de France, Denis Rambaud. Trouver les moyens d’intéresser un public aussi large que possible, pas forcément habitué aux bancs des campus, mais qui ne demande qu’à apprendre : tel est l’un des prochains défis pour ces universités d’un genre nouveau.

B.Fo.

Note : Cet article a été publié dans Passerelles n°50 de juin 2010.

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