Dossier

Vive la démocratie participative !

Capture d’écran 2013-04-15 à 15.58.04Si l’on part de l’idée que la démocratie, dans son principe même, requiert finalement une certaine … participation du citoyen à la vie de la cité, ne fut-ce qu’en remplissant périodiquement un bulletin de vote, alors nous voici peut-être à nouveau face à une de ces expressions aux accents pléonastiques du même tonneau que « vélo à pédale » ou « journalisme d’investigation ». Pour cette dernière expression, force est pourtant de constater, à la lumière de la qualité discutable de la presse quotidienne européenne, que l’investigation, la nuance, le recoupement, la recherche du vrai n’est pas l’apanage de tous. Oui, l’expression « démocratie participative » revêt des accents de concept marketing sociopolitique. Mais l’on pourrait objecter que sa simple existence, et a fortiori les débats et plaidoyers qu’elle engendre (au point de susciter le thème de ce dossier) laissent supposer qu’elle doit bien remplir une fonction, fusse-t-elle symbolique. L’usage même de l’expression « démocratie participative », qui fait effectivement les gorges chaudes des milieux associatifs stigmatise peut-être en soi un premier problème : la relative érosion de sens du concept de « démocratie ». Voire même de la participation. A tout le moins dans certaines régions du globe. Il est insolite de constater que cette relative perte de sens touche davantage ces pays là même qui s’érigent, à tort ou à raison, en berceau du concept. A l’heure où les trois quarts de la planète Terre en sont encore à aspirer à plus de liberté politique, à plus de participation à la vie publique, en Europe, l’isoloir n’attire plus les foules. Les extrêmes y emportent une adhésion croissante, et d’aucuns, « ardents démocrates » confortablement installés dans leur belle démocratie parlementaire, se lassent de leur joli jouet. Bienvenue dans l’ère des paradoxes : bien des dirigeants européens sont aujourd’hui élus par des minorités ; les majorités démissionnaires se cantonnant dans l’indifférence, voire la critique… a posteriori.  En Belgique, d’aucuns s’émeuvent du principe du vote obligatoire. A l’heure où le repli sur soi en deviendrait presque « trendy » – on « cocoone » à plein tube – force est de constater que la démocratie n’a jamais eu autant qu’aujourd’hui besoin de bras et de méninges pour défendre ses lignes de force et panser ses blessures. Parce qu’il faut souvent s’emparer d’un droit pour le rendre effectif, faute de quoi d’autres pourraient en (ab)user à notre place : alors oui, vive la participation. Quant à la démocratie, constater qu’elle est en crise présuppose qu’elle existe. Or, comme l’ont stigmatisé de multiples auteurs depuis la Révolution Française, il convient de distinguer les systèmes politiques dits « représentatifs » (mais enferrés dans des agendas, contingences électoralistes et politiciennes) et la Démocratie. Celle avec un grand « D », où des citoyens traiteraient des vraies questions de fond, où ils interviendraient dans l’élaboration des décisions publiques : que ce soit par l’intermédiaire d’associations, d’entités disposant d’un réel pouvoir décisionnaire, où l’engagement serait fort d’une réelle formation à la conscience civique permettant une action dans la cité à l’image des moyens et besoins exprimés. Comprendre pour agir, penser global pour mieux agir local (et inversement), dans le souci du collectif et du bien commun. Vaste programme… B.Fo. Note : Cet article a été publié dans Passerelles n°50 de juin 2010.

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