Dossier

La preuve par Toubacouta

sen-reseau-toubacouta-2005-14La démocratie est un processus dynamique qui ne permet jamais autant de regarder loin devant que si l’on fait œuvre de mémoire. Lire, réfléchir, tirer les leçons du passé…  Passerelles : Pour justement en revenir à ce document fondateur, bel exemple de démocratie participative qu’est la Charte de Toubacouta, en quoi est-elle précisément un outil susceptible de faire aller de l’avant ce concept de la démocratie participative? René Sibomana : Avant la Charte, depuis des années, on faisait des capitalisations après chaque chantier, qui débouchaient sur des réajustements de pratiques des rencontres entre jeunes. La Charte est le résultat de ce long processus de décantation. Aujourd’hui, cela donne un sens extraordinaire aux actions des jeunes Sénégalais lorsqu’ils sont dans les chantiers : ils sont dignes ! Ils n’avaient pas cette dignité avant parce qu’on les prenait pour des consommateurs des services apportés par les jeunes venus de Belgique. On partait du principe qu’ils avaient cotisé mais l’on s’est rendu compte que ce n’était finalement pas eux qui finançaient les projets comme tels mais Asmae… Mais comme ils venaient d’Europe au nom d’Asmae, comme membres d’Asmae, ils se voyaient en sorte attribuer la paternité du projet finalement réalisé. Aujourd’hui, les choses sont claires : Belges et Sénégalais sont des participants. Ils échangent leur programme, ils ont des outils communs, ils alimentent une caisse commune gérée ensemble. Les jeunes se sentent valorisés. Et cela donne un autre sens au projet. Aujourd’hui, on peut même nommer un Sénégalais comme gestionnaire de fonds. C’était impensable avant. Passerelles : Vous avez vu, au travers de ces troisièmes Etats Généraux de l’histoire d’Asmae comment la nouvelle génération s’est approprié –bien ou moins bien– les concepts et l’histoire de l’association et de ses relations avec ses partenaires. Quel est votre ressenti à cet égard après cette journée d’échanges et que voudriez-vous dire aux jeunes? René Sibomana : Je voudrais faire une comparaison : les notions de droit, de devoir, de démocratie ont aussi fait l’objet chez nous au Sénégal d’une capitalisation avec les jeunes. Quelle compréhension le jeune avait-il de ses droits ? Que manquait-il pour les exercer ? Le résultat en a été la publication d’un « Guide du Jeune Citoyen ». Tout le monde avait réellement soif de lire cette synthèse de ce qu’avaient exprimé les jeunes, quant aux droits individuels, par rapport aux élections, aux outils de celles-ci, comment l’on peut porter plainte… Il est essentiel de ne pas arriver à une sorte d’illettrisme, et de garder en tête son parcours, sa propre histoire... Il n’est pas temps de tout réinventer, au gré de ses impressions non partagées, non validées, sans principe de consensus. Les aventures menées en Egypte, au Sénégal ont été vécues avec d’autres ; des conclusions en ont été tirées ensemble, de manière consensuelle. La synthèse, il faut la garder en tête. Si nous voulons vraiment construire ensemble, il faut nous référer à ces textes communs qui nous unissent. La Charte est pour moi fondamentale, c’est un outil de référence. Ou alors on en revient à zéro... Propos recueillis par B.Fo.  Note : Ce texte a été publié dans le Passerelles n°50 de juin 2010.      

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