De vous à moi

Je suis

jesuis

En tapant "Je suis" dans Google image, on tombe notamment sur ces images !

Après les attentats de Paris, est-ce parce que nous vivons dans l'angoisse, la peur, l'adversité que l'être humain réclame son existence ? Depuis les premiers attentats de Paris en janvier suivi par ceux de novembre 2015, il n'y a jamais eu autant de personnes qui ont revendiqué leur existence pour défendre une cause en brandissant des pancartes "Je suis..." ou en changeant son avatar sur les réseaux sociaux. Dans cette courte phrase, il y a un sujet, un verbe et un complément. Et donc, avant d'être Charlie ou Paris, chacun se définit par le fait d'exister. "Je suis". Prenant sa liberté d'expression très au sérieux, l'humain s'assume pleinement par le "je".

Nous étions stupéfaits devant l'ignominie des attentats de Paris, mais aussi de ceux de New-York, du Liban, du Mali, du Yemen, du Kenya, d'Ankara, du Sinaï et dans d'autres lieux aussi. Notre réaction est de nous réveiller pour clamer notre appartenance à la communauté des êtres humains en révolte devant tant de haine et de sang versé parmi ses semblables, tous innocents. "Je" clame alors la cause du moment comme une sorte de catharsis pour se donner du courage en libérant sa parole alors que nous avons probablement tous des pulsions de vengeances et donc de mort.

Au fond dans Asmae, le "je" est premier aussi. Tous les membres d'Asmae, jeunes ou toujours jeunes, existent pleinement en se répétant "Je participe". Ne dit-on pas que la participation est au centre des préoccupations d'Asmae ? Exister, c'est être.

Avançons un peu vers l'Etre. Je me rappelle d'une étape importante vécue par les membres d'Asmae lors d'un séminaire qui s'est déroulé il y a bientôt 20 ans, dans une villa de Duinbergen. Une intervenante extérieure à l'association nous a fait passer du "Faire" à l'Etre. Asmae vivait dans l'affairisme de sa jeunesse, il fallait organiser les chantiers, les formations, les événements pour récolter des fonds... il fallait en priorité faire ceci ou faire cela. Cette intervenante nous a poussé dans nos retranchements pour nous faire découvrir toute la richesse de l'être (individuel) et de la reconnaissance du vivre ensemble. Nous avons appris à nous distancier du "faire" pour plonger dans les racines de notre être collectif.

Le "Je participe" d'Asmae est-il dans la même veine de libération de la parole pour chacun des jeunes de l'association ? Est-ce bien la même chose ? Participer implique déjà le collectif. Ne soyons pas vaniteux au point de dire "Je suis Asmae", alors que l'association essaie de créer un "nous" collectif qui est la somme de tous les "Je", de toutes les individualités, de toutes les différences culturelles et philosophiques qui montrent ainsi toute la richesse de la grande famille Asmae. Ce "nous" collectif nous apprend le vivre ensemble tout en respectant les individualités. Et mieux que cela, Asmae accompagne le jeune à devenir un citoyen dans toute son individualité mais aussi s'engageant dans le vivre ensemble. Ainsi, "Je participe" permet le renforcement de son individualité dans un tout collectif.

Une Asmae militante ?

Asmae est une association composée de personnes différentes. L'acceptation des différences ne permet pas à la structure de prendre une position collective tout en se disant représenter toutes les individualités et donc les différences de pensées. Si Asmae se veut militante, elle devrait à chaque fois demander à l'ensemble de ses membres de se positionner sur tel ou tel thème dans un élan de démocratie participative (1).

Et pourtant Asmae prends position dans des thèmes qui lui sont chères, notamment l'interculturalité, le développement durable, les inégalités entre le Nord et le Sud, la suppression de la dette, la sécurité alimentaire, la solidarité autrement, etc. Dernièrement, Asmae a participé à un happening sur la violence faite aux femmes. Nous devions proposer à quarante femmes ou jeunes filles d'Asmae de participer à cette activité. Nous ne sommes pas arrivés à ce chiffre même si les hommes d'Asmae sont venus à la rescousse. Cela nous a interpellé.

Asmae est-elle sortie de son positionnement sur ses thèmes favoris. Asmae peut-elle prendre position au nom de tous sur des thèmes nouveaux non réfléchis et décidés ensemble ? Et cela nous ramène aussi à cette discussion que nous avons déjà eue lorsque plus d'un volontaire voulait qu'Asmae s'engage auprès des réfugiés dans le parc Maximilien (2). Ce fut la même chose aussi en 2009 et 2010, lorsque les jeunes volontaires du réseau Toubacouta ont travaillé sur le thème du VIH/Sida, au Sénégal, alors que ce thème n'est pas commun. Asmae doit-elle s'engager à chaque fois sur des thèmes nouveau qui n'ont pas été réfléchi tous ensemble dans un lieu comme les Etats généraux ? Et justement, durant les Etats généraux d'Asmae, en 2015,  ces questions ont été abordées en se donnant quatre ans pour y réfléchir. Comme quoi !

Asmae a aussi la chance de travailler dans l'interculturalité. C'est d'autant plus important qu'elle travaille avec des partenaires d'obédience chrétienne, musulmane, juive, agnostique, ou de toutes autres philosophies alors qu'elle se dit, dans ses statuts, apolitique et non confessionnelle. Les Etats généraux d'Asmae se sont déroulés le 14 novembre, au lendemain des attentats de Paris. Les rencontres du réseau Toubacouta ont eu lieu dans la foulée avec nos amis musulmans qui étaient aussi perturbés que nous par autant de violence aveugle. Et si parfois nous avons des incompréhension entre nous, de tels événements nous pousse à continuer nos actions en faveur de plus de rencontre, plus de partage, plus d'engagement, plus de solidarité. Le volontaire Asmae peut dire sans honte "je participe" et au final, il peut conclure avec fierté, je suis citoyen parce que je suis responsable, actif, critique et solidaire.

Géry de Broqueville

(1) Nous renvoyons le lecteur aux différentes textes écrits dans le Passerelles n°50 de juin 2010, sur ce thème qui sont accessibles dans ces pages: Les associations vecteurs et lieux de démocratie, Vive la démocratie participative, De l'apprentissage de la liberté, La preuve par Toubacouta.

(2) Relire l'article intitulé "Merci Aylan" et plus particulièrement la fin de l'article.

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