Agroécologie

Kaydara annonce un tournant dans nos pratiques

Une partie des jardins de Kaydara 1

Une partie des jardins de Kaydara 1

Depuis quelques temps, je pense qu’il est urgent de passer de la parole à l’action en matière de sauvegarde de la planète. Sur les réseaux sociaux, nous écrivons tous des textes évoquant les dégâts causés par les multinationales (Monsanto, Bayer, Nestlé, etc.) et le sentiment de dégoût qui en résulte. Ces petits mots ou textes sont peut-être lu, « liker » par 5, 10 50 ou 100 personnes. Cela change quoi au fond ?

Et puis est venu le temps de la réflexion, du partage avec d’autres dont notamment un de mes amis qui s’est lancé dans l’étude de la naturopathie que je me suis mis en conversion personnelle, petit-à-petit. Et puis, l’on a utilisé très récemment un désherbant puissant, le roundup, dans le vignoble de La Mazelle (1) dont je suis le maître de chai. Cela ne peut plus durer. Je dénonce mais je n’agis pas là où je peux, à mon niveau. C’est ainsi que les mots de « bio » ou « biodynamie » (2) sont rentrés doucement dans le langage du vignoble de La Mazelle.

Mais de l’autre coté de la Méditerranée, dans le pays le plus à l’Ouest de l’Afrique, le Sénégal, pays partenaire de l’association Asmae, ces deux mots ne sont pas inconnus. Avec mes maigres connaissances de la bio ou même de la biodynamie des actes d’agriculteurs maraîchers me font dire que dans la région de Toubacouta on est loin de travailler la terre de manière naturelle. Et j’en ai eu une preuve directe, Moussa Mané (3) que je rencontre par hasard sur la route menant au grenier d’arachides de Soucouta, était appelé par les agriculteurs pour superviser la distribution des engrais chimiques en vue de lancer la campagne de plantation, notamment, des arachides.

Et pourtant le bio est déjà là

Le responsable du programme des jardins maraîcher à Toubacouta, Raphaël Sagne, est la personne idéale. Il travaille pour « Action Jeunesse & Environnement » et est très clairement orienté bio. D’ailleurs du coté de Sokone, il entretient une terre qu’il cultive uniquement avec cette méthode. C’est très bien qu’AJE travaille avec un agronome qui a cette orientation. Actuellement, il se sent seul dans cette démarche, mais mon intérêt pour cette pratique d’agriculture le pousse à aller plus loin dans sa défense… Du coup, le fait d’en parler ouvertement aux animateurs AJE, cela a permis de mettre le sujet sur le tapis.

J’avais envoyé un lien d'une interview de Gora Ndiaye par la Radio Télévision Sénégalaise, à René Sibomana pour voir s’il était possible de visiter la ferme-école agro-écologique de Kaydara qui me semblait intéressante en terme de culture maraîchère bio. Nous y sommes passés ce 16 juillet, René et moi-même, après avoir pris rendez-vous avec Gora Ndiaye le responsable et fondateur du centre.

Nous avons commencé la visite avec son adjoint qui nous a présenté l’historique de cette ferme. Tout d’abord le nom de Kaydara est le titre d’un récit didactique qui fait partie de l’enseignement traditionnel africain des Peuls de la boucle du Niger. Il a été rapporté par le célèbre historien conteur africain Aladou Hampaté Bâ. En 1986, Gora a créé l’association « des Agriculteurs Naturalistes du Sénégal» avec des jardins dans le secteur de Colobane à Dakar. C’est en 2000 qu’il crée l’association « Jardins d’Afrique » qui va présider à la création de la ferme-école de Kaydara. Celle-ci a réellement démarré en tant qu’école en 2006. Avant cela il a fallu implanter les bâtiments sur 1000 m2, une cocoteraie est plantée (500 plants) en vue de la régénération du sol sur une surface de 2 ha. 1,5 ha est consacré à la production de semences. La ferme-école est construite sur un terrain de 5 ha. Le terrain a été encerclé et un enclos a été mis autour des champs de fraises. Neuf puits ont été construits plus 18 bassins d’eau pour faciliter l’arrosage. Un groupe électrogène a pu être acheté afin de faire fonctionner la pompe immergée et de procurer quelques heures d’éclairage. L’utilisation des matériaux locaux est privilégiée (clôture en « tang » : nervure centrale de la feuille de rônier). L’objectif du projet : Réaliser un lieu référence de formations, d’informations, de démonstration des pratiques agro-écologiques et de promotion d’initiatives locales pour le développement durable. Permettre aux jeunes paysans de vivre de leur terre en respectant l’environnement.

C’est ainsi que depuis près de 10 ans quelques centaines de jeunes des environs mais aussi d’autres communautés villageoises ont suivi ces formations en agro-écologie en vue du lancement de leur propre activité de champ bio.

Une rencontre qui laissera des traces

Ayant visité le périmètre de Kaydera 1 (4), nous nous sommes assis près de Gora Ndiaye, le fondateur de cette ferme-école. Cet homme est tout empreint de philosophie et de réflexion. Il est intéressé de rencontrer à nouveau René qui lui parle de son expérience de l’agriculture naturelle rwandaise qui nourri une famille sur 60 ares alors qu’au Sénégal il faut au moins un ha. De même René lui parle des expériences de Toubacouta dans les jardins maraîchers où les femmes plantent des patates douces, celles-là même qui viennent du Rwanda !

Il est clair que Raphaël viendra à Kaydara pour y faire un stage d’immersion pour compléter ses connaissances en maraîchage bio. Comme il est clair que l’on va rester en lien avec lui d’autant plus qu’il continue sa réflexion tant sur la biodynamie que sur la permaculture (5), qu’il voudrait développer dans un des jardins de Kaydara. Quand je lui ai dit que j’allais suivre une formation en biodynamie à partir d’octobre 2015, il était très intéressé de garder des contacts à propos de ce thème.

Cette rencontre apporte aussi un déclic chez notre partenaire sénégalais (AJE) pour travailler dorénavant dans les programmes de jardins maraîchers avec les pratiques culturales bio.

Géry de Broqueville

  1. Le vignoble de La Mazelle est situé à Beaumont en Belgique et est géré par l’asbl « Le Vignoble de La Mazelle » qui produit deux types de vins tranquilles : pinot noir et auxerrois ainsi que des produits dérivés comme de l’eau de vie de vin et du marc.
  2. L’agriculture biodynamique est une pratique culturale appelée communément biodynamie. Il est un système de production agricole inspiré par l'anthroposophie, courant spirituel dont les bases ont été posées par Rudolf Steiner dans une série de conférences données aux agriculteurs en 1924, en Allemagne. Cette méthode a pour idée de départ le concept d'« organisme agricole » qui consiste à regarder toute ferme tout domaine agricole comme un organisme vivant, le plus diversifié et le plus autonome possible, avec le moins d’intrants en ce qui concerne le vivant (plants, semences, fumure, etc.).
  3. Moussa Mané est le fils du chef du village de Soucouta. Il est l’initiateur de nombreux projets tant à Soucouta qu’à Toubacouta. Il est le responsable de la radio Niombato de Soucouta qui couvre les 52 villages de la communauté rurale de Toubacouta.
  4. A l’heure actuelle il y a 6 sites portant le nom de Kaydara dont un à Mbour.
  5. La permaculture est une science de conception de cultures, de lieux de vie, et de systèmes agricoles humains utilisant des principes d'écologie et le savoir des sociétés traditionnelles pour reproduire la diversité, la stabilité et la résilience des écosystèmes naturels.
Article paru le 22 juillet dans le quotidien sénégalais
Parution d'un article sur Kaydara le 22/07/15 dans le quotidien dakarois : "Le Soleil".

Parution d'un article sur Kaydara le 22/07/15 dans le quotidien dakarois : "Le Soleil".

Les commentaires sont fermés.