Histoire

Asmae, poisson pilote !

Père Henri Boulad, sj, Président de Caritas MONA.

Père Henri Boulad, sj, Président de Caritas MONA.

C'était dans les années 1993-1995, Asmae a appuyé une institution internationale qui voulait faire fléchir quelques politiques en matière de développement durable. Cette organisation était Caritas Moyen-Orient et Nord-Afrique (MONA), membre de Caritas Internationalis. Son président était à l'époque le Père Henri Boulad, s.j. Homme remarquable qui a écrit de très nombreux livres traduits en plusieurs langues sur le vivre ensemble, chrétiens et musulmans. Il a une formation de théologien, de philosophe et en psychologie. Il était aussi directeur de Caritas Egypte. Un grand monsieur !

Un coopérant d'Asmae, Thierry Manhaeghe, avait été engagé pour travailler sur un projet de bonification du désert dans la région de Nubareya au sud-est d'Alexandrie. A la fin de son contrat il a été engagé avec le même statut de coopérant pour devenir le secrétaire exécutif de Caritas MONA dont le siège était au Caire.

Le but de la MONA était de sensibiliser des autorités de la Banque mondiale sur l'intérêt de soutenir des projets de développement proposés par des ONG internationales capables de dépenser correctement l'argent dévolu à un projet face à la gabegie connue des pays bénéficiaires qui, très souvent réalisaient, des projets privés comme celui de la revalorisation des berges du Nil au Caire qui n'était autre que la construction de casino et restaurant de luxe dont les bénéfices allaient bien évidemment dans des poches privées et néanmoins ministérielles.

Mais pour sensibiliser la Banque Mondiale il fallait contacter avant cela, l'Union Européenne ainsi que les pays membre de l'Union ainsi que d'autres organisations internationales. C'est là qu'a commencé le rôle de poisson pilote d'Asmae. Nous étions dans les balbutiements d'Internet qui malgré cela s'est avéré un très bon outil de recherche des meilleures adresses pour des rencontres intéressantes.

Quand je parle à des responsables d'association ou d'ONG de ce rôle de poisson-pilote avec des grands organismes internationaux comme la Banque mondiale, on me regarde comme si j'étais, soit un doux rêveur, soit un fou dangereux qui a osé fricoter avec les grands méchants loups de la finance internationale. Mon expérience de poisson-pilote me fait dire qu'il y a des leviers incroyables au niveau international qu'on arrive pas à les identifier pour les mettre au service de l'Homme, tout l'Homme. Depuis lors, je pense qu'il ne sert à rien de lutter contre ces gros machins qui sont devenus inamovibles. Supprimer la Banque Mondiale et le FMI ? L'être humain a horreur du vide ! Il les remplacera peut-être par pire institution.

Chose qui peut paraître étrange à certains, un organisme international est d'abord et avant tout une construction humaine. Et c'est donc très naturellement par les êtres humains que l'on peut entrer dans ces organismes vivants... Ainsi c'est à travers un des représentants de la Banque Mondiale à Paris, Patrice Dufour, que la grande aventure a commencé. Il nous a fait un accueil chaleureux. C'est à travers lui que nous avons pu comprendre les enjeux économiques qui sous-tendaient chaque décision de l'organisme.

La lecture des archives d'Asmae permet de découvrir les rencontres qui ont eu lieu aussi improbables les unes que les autres. Rencontrer des membres de la cellule prospective de l'Union européenne, le directeur du Feoga, Jacques Delors lui-même, différents secrétaires généraux des institutions des Nations-Unies à Genève. C'est d'ailleurs là que j'ai un souvenir incroyable : déjeuner dans le restaurant des chefs d'Etat situé au dernier étage du Palais des Nations-Unies de Genève avec une fabuleuse vue sur le Lac. Chaque table prend le nom d'un chef d'Etat. En l'occurrence nous étions assis à celle de Yasser Arafat. Ce dernier était bien sûr absent !

Et de découvrir les inepties du mode de fonctionnement des Nations unies en découvrant qu'au moment de notre visite, c'était le Soudan qui présidait la Commission des Droits de l'Homme. Cette commission ne se réunissait jamais, le Soudan partait du principe qu'il n'y avait pas de problèmes de Droits de l'Homme dans le monde. Bien sûr que le Soudan ne voulait pas, qu'en contre-partie, les pays membres de cette commission se penche sur les problèmes conséquents des Droits de l'Homme dans ce pays.

Voilà en tout cas une période d'appui à une organisation internationale qui a permis à Asmae de voir un peu plus clair dans les jeux internationaux... tout en donnant un appui à Caritas MONA qui a réussit a faire fléchir des organisations bien plus grosses qu'elle. Comme quoi David contre Goliath est une histoire éternelle. C'est une belle image que de savoir que même si l'on est petit, on peut toujours, non pas abattre, le plus grand, mais le faire fléchir pour une meilleure collaboration.

Géry de Broqueville

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