Dossier

Egypte : Immigration, une soupape de sécurité

Souzy Fouad

Souzy Fouad

Souzy Fouad est directrice de l’association Lekaa (Asmae Egypte) depuis 2005. Elle a d’ailleurs été engagée en 1994 comme permanent. Elle a connu le temps des coopérants comme celle de l’autonomisation de l’association. Elle a été un des artisans de la reconnaissance d’Asmae Egypte par le ministère égyptien des Affaires sociales sous le nom de Lekaa. Elle nous livre ici sa vision de la problématique de l’immigration. Passerelles : Comment vit-on l’émigration vers l’Union Européenne ? Chaque personne  a le droit de partir s’il trouve que son pays ne peu plus l’accueillir. Cela dépend évidemment de l’objectif de chacun, mais si une personne veut la reconnaissance de ses droits les plus élémentaires comme le droit à la vie, et qu’il ne l’obtient pas alors il est normal de quitter son pays d’origine. En Egypte, il y a des droits élémentaires qui ne sont pas reconnus. Si l’on reste, c’est que l’on se donne la mission de changer les choses. Immigrer n’est pas un problème : quitter chez soi c’est parce que l’on sent que l’on a quelque chose à accomplir là-bas. Partir sans but est un échec terrible. Passerelles : Quel regard portes-tu sur la politique européenne en matière d’immigration ? L’Europe qui se targue d’être un continent accueillant ne l’est en réalité pas. Au nom de Schengen, l’Europe est contre l’accueil de l’autre. Passerelles : Quel influence l’émigration a-t-elle sur la dynamique de développement dans ton pays ? Beaucoup de personnes ont beaucoup d’énergie pour essayer d’améliorer l’Egypte, mais cette dernière ne donne pas la chance à ses ressortissants de s’épanouir. Donc les gens doivent partir pour ne pas étouffer. Et quand ils ont acquis une autre nationalité, les gens reviennent en Egypte vers le reste de la famille. Le peuple égyptien reste attachant. C’est émotionnel. Mais, pour le reste, les gens se sentent rejetés. Ils sont étrangers chez eux ! Passerelles : L’émigration est-elle le symptôme de la faillite de 40 ans de coopération au développement ? La Coopération est-elle un grand mythe ? La coopération n'est pas clairement un échec. C’est une invention européenne pour se donner bonne conscience après les décolonisations. Ce n’est pas honnête. Certaines ONG polluent le développement à travers le système de l’assistanat. L’Egypte dépend toujours de ces pays. L’émigration représente les deux faces d’un miroir : l’Egypte n’intègre pas ses habitants et en même temps les pays développés continuent à coloniser l’économie égyptienne. Prenons un exemple : lorsque tu es engagé dans une compagnie étrangère, tu es parfois obligé de signer un papier comme quoi tu es prêt à quitter l’Egypte et travailler ailleurs. C’est la fuite des cerveaux sous le regard bienveillant du gouvernement. Les entreprises favorisent ainsi l’immigration. Il y a l’exemple de « New Vision Egypt » qui favorise l’immigration. C’est une manière pour le gouvernement égyptien de créer une soupape de sécurité vis-à-vis des diplômés universitaires au chômage. Il y a 10 ans, je ne pensais pas à l’immigration. Cela fait deux à trois ans que j’y pense fort mais pour le moment j’ose croire que je peux être encore au service de l’Egypte à travers mon engagement social. Je sens que j’ai un rôle à tenir. Je sais que je peux partir mais je sais aussi qu’en faisant cela je vais perdre quelque chose. J’ai le choix car j’ai la possibilité de partir (au niveau financier, la connaissance des langues, etc.) mais mon mari et moi, nous considérons que le fait de rester est un choix pour continuer notre engagement social pour le développement de l’Egypte. Propos receuillis par Géry de Broqueville.
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