Dossier

Le parcours d’AJE

L'alphabétisation des apprentis

L'alphabétisation des apprentis

Action Jeunesse Environnement s'investit dans le champ de l'apprentissage traditionnel  en milieux urbains depuis 1997 au Sénégal. Comparé aux autres secteurs de la coopération et comme priorités de développement, l'apprentissage n'est pas un secteur porteur. Malgré cela, AJE a décidé de contribuer à une meilleure valorisation de ce type d'apprentissage qui s'occupe des jeunes marginalisés du système éducatif et économique du Sénégal notamment dans les villes. Ainsi de 1998 à 2002, AJE  était dans une phase d'identification du milieu. Il a fallu s'investir dans la banlieue de Pikine pour cerner la réalité de l'apprentissage, les acteurs en présence et les enjeux à venir. Une démarche lente, facilitée par la Recherche action participative, a permis de créer des liens avec les patrons et apprentis de la banlieue. Différentes animations ont permis de favoriser notre présence. Et alors que le secteur informel se trouvait très hermétique au regard extérieur, avec beaucoup de difficultés, AJE est  parvenue à pénétrer ce milieu, à comprendre et à parler leur langage, sans les juger mais  à mieux percevoir leurs rôles dans la production des savoirs et des services dans l'économie locale. Ainsi, progressivement avec les acteurs, ont été définies des priorités dans lesquelles AJE devrait les accompagner, à savoir : l'éducation de base aux apprentis déscolarisés et non scolarisés, le soutien à la formation professionnelle et la lutte contre l'exploitation du travail des enfants. Se sont mis en place sur les 8 sites  pour 480  apprentis, dont 425 garçons et 55 filles deux axes d'intervention. Education de base Les cours sont dispensés par les moniteurs aux apprentis selon les niveaux. Ils concernent le calcul et l'apprentissage de l'écriture et de la lecture du français. Pour suivre les cours, les apprentis sont divisés en trois groupes selon les niveaux : ceux qui n'ont jamais été à l'école et ceux qui ont fait l'école mais ont oublié ce qu'ils ont appris. Ainsi trois niveaux ont été identifiés formant le groupe I, le groupe II et le groupe III : les cours de calcul et de français ont été donnés par niveau et selon un horaire négocié entre les patrons, les apprentis et les moniteurs, 4 heures de cours sont assurées chaque jour de travail par site soit au minimum 4 heures de cours par groupe et par semaine. Par tâtonnement, les moniteurs et les apprentis sont arrivés à capitaliser leur parcours dans deux guides en français et calcul , diffusés pour apprendre à lire, à écrire et à calculer dans les ateliers au Sénégal. L'apprentissage professionnel Le matériel de base : Chaque métier demande un matériel de base sans lequel il ne peut être exercé. Les patrons qui sont en général d'anciens apprentis ne disposent pas d'un matériel suffisant pour travailler et pour passer leurs connaissances aux apprentis. AJE accorde du matériel de base à des patrons très démunis en matériel pour leur permettre de disposer de l'essentiel pour apprendre le métier aux enfants sinon ceux-ci resteraient désœuvrés alors qu'ils sont venus apprendre. l'histoire des métiers Les apprentis sont invités à raconter leur histoire d'apprentissage du métier. De leur motivation au choix du métier, à apprendre les risques et précautions à prendre en passant par le matériel utilisé, son utilisation, les étapes d'apprentissage, ils peuvent s'exprimer sur la vision de l'utilité du métier pour leur avenir et les problèmes auxquels ils sont confrontés pour l'apprentissage. Les échanges entre ateliers Les 8 sites accompagnés par AJE se trouvent exercer différents métiers. On trouve des mécaniciens, des soudeurs, des tôliers, etc. mais ils ne font pas tous la même chose et ne travaillent pas tous de la même manière. Ainsi des apprentis en fin de formation professionnelle identifiés par les patrons sont envoyés dans d'autres ateliers faisant le même métier pour y recevoir la formation théorique et pratique. La durée de la formation est de 2 jours. Compte tenu du fait que chaque patron possède des compétences pour enseigner le métier, AJE a voulu tenir compte de cet état de fait pour permettre cet échange de compétences et d'expériences des patrons pour enrichir l'apprentissage des apprentis. La théorisation de la formation professionnelle. Par l'échange des compétences entre patrons, AJE initie l'activité au cours de laquelle le patron consacre au minimum 2 heures pour expliquer théoriquement ce qu'il donne en formation pratique, certains patrons s'aident de dessins faits au tableau ou procèdent par démonstration sur des machines ou des moteurs. Contrairement à leur habitude, ce temps est conçu pour des démonstrations et des explications strictement verbales, la pratique vient après. Les explications théoriques sont mises par écrit et capitalisées pour les patrons et apprentis en vue de sa validation. Cette phase a pu ainsi faire émerger auprès des patrons et leur faire approprier le concept de  « l'atelier-école » où productions de savoirs et de services vont de pair et participent à la formation de l'apprenti. Pour la seconde phase en cours, le programme d'appui à l'apprentissage des métiers dans les zones périphériques de Dakar  (2002-2006) s'est donné pour principaux objectifs : - améliorer la qualité de l'apprentissage des métiers des jeunes par l'éducation de base aux apprentis non scolarisés et le renforcement professionnel avec un accent particulier sur l'amélioration des compétences techniques, le perfectionnement des patrons et apprentis dans les ateliers de référence, - appuyer l'autonomisation des apprentis par la délivrance de certificats de fin de formation et l'accompagnement matériel, technique et financier pour leur installation, - lutter contre l'exploitation du travail des enfants par l'adoption et l'exécution d'un code d'éthique respectueux des droits des enfants, l'amélioration des conditions d'hygiène et de sécurité, la sensibilisation des acteurs, la capitalisation et la diffusion de l'expérience d'AJE et la prévention contre l'exploitation sexuelle et le SIDA, - renforcer les capacités des acteurs par l'accompagnement et le développement des structures de patrons et d'apprentis, la structuration en GIE (1) des acteurs et le renforcement pédagogique de l'équipe. Fondamentalement, par rapport à la précédente étape, l'accent est mis sur trois points : - L'amélioration de la qualité de l'apprentissage traditionnel en se basant sur les ressources locales. La démarche pédagogique du programme a été de partir des forces et faiblesses de ce type d'enseignement pour construire un programme amélioré à travers les échanges intersites, les ateliers de référence par corps de métiers. - Le renforcement des capacités des acteurs à gérer leur secteur de l'apprentissage traditionnel et à répondre aux différents défis qui se posent à eux en terme de rapport avec le pouvoir public et autres organisations, maîtriser et gérer leur métier dans un environnement économique de plus en plus concurrentiel et enfin répondre aux déficits de capitaux  de leur micro entreprise artisanale. - L'ouverture de l'exprimentation à d'autres villes comme Thiès et sa capitalisation à travers les réseaux et les plates formes auxquels AJE, les patrons et les apprentis  participent pour que l'apprentissage  traditionnel soit reconnu et valorisé comme système éducatif de formation professionnelle des jeunes. Tels sont les défis pour AJE et ses partenaires dans l'apprentissage traditionnel au Sénégal. Kevin Adomayakpor. (1) Groupe d’intérêt économique Article paru dans Passerelles n°47 - mars 2005
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