Dossier

Participation, de la pratique à la théorie

Les facilitateurs RAPDepuis février 2005, Asmae et l’Association Mouvement Twiza construisent petit à petit un partenariat. La rencontre de Toubacouta et le chantier de rénovation d’un foyer féminin de Sidi el-Barahoui en 2005 ont été les deux premières étapes. La suivante a été l’organisation d’une session de Recherche action participative (RAP) en 2006.  Voici donc une session en quelques mots. Dans la plupart des documents présentés par l'association Mouvement Twiza, le mot «participation» apparaît comme la méthode par excellence pour permettre un meilleur développement des populations locales. Tout le monde est d'avis qu'il faut faire participer les populations locales à leur propre développement. Comment ?

Driss Ajjouti, président de Twiza, a compris tout de suite l’importance de cette méthode. Il a fallu encore attendre près d'un an pour la mise en place de cette session de formation qui a démarré en avril 2006 à Khémisset. Pas que des Marocains ! Ce sont donc 20 animateurs qui ont suivi cette session qui a été organisée conjointement par trois associations : Twiza, Asmae et Action Jeunesse & Environnement (AJE). Ces sessions ne sont pas légions car elles demandent un investissement en temps, en argent et en énergie mais elles valent la peine d'être organisée au vu de la richesse des échanges qui ont eu lieu. S'il est vrai que les Marocains étaient majoritaires, il y avait deux animateurs étrangers. Le premier était Roger Macar, permanent à Asmae Egypte-Lekaa qui, n'ayant jamais suivi de formation en Recherche action participative, avait fait le déplacement du Caire jusqu'au Maroc. Le deuxième, Charles-Albert de Radzitzky, était le responsable de l'équipe de Formation d'Asmae. Il était là à titre personnel. René Sibomana, responsable d'AJE animait la session. J’étais présent comme co-animateur. Déroulement de la session Il faut reconnaître que Twiza a très bien fait les choses. Ce n'était pas facile d'organiser la rencontre entre des animateurs venant de toutes les régions du Maroc, du Sénégal, d'Egypte et de Belgique. L'accueil a été formidable et a permis de démarrer la session sous les meilleurs auspices. La session s'est déroulée dans l'hôtel Diouri de Khémisset qui était le seul endroit de la ville disponible pour loger les participants, les nourrir et avoir un espace assez grand que pour assurer les rencontres plénières. La session s'est ainsi déroulée dans la salle des mariages, ce qui nous a valu trois nuits bercées (?) par les chants et les youyous endiablés jusqu'à des heures très tardives ! Cette salle était le témoin du travail des animateurs sur le terrain. En effet, la particularité de cette session est que les animateurs doivent se glisser petit à petit dans la peau du facilitateur de la méthode, ce qui n'est pas du tout évident pour des personnes qui ont trop l'habitude de travailler à la place des populations en situation difficile. Le premier jour a été consacré à la négociation entre les animateurs pour apprendre à partager des expériences communes au sein d'un groupe. Il a fallu un jour et demi pour que les animateurs se sentent plus à l'aise pour entamer la première rencontre avec un groupe cible. Twiza avait préparé le terrain en rencontrant un groupe de jeunes en situation difficile, un autre composé d'enfants déscolarisés, deux groupes de jeunes issus d'associations et un groupe de jeunes apprentis en sculpture sur bois. Cette première rencontre leur a permis de négocier des moments de rencontres, des lieux, pas toujours aux mêmes endroits. Ils ont découvert aussi qu'un animateur n'est pas un prometteur de beaux jours. Il doit dire la vérité, expliquer pourquoi il est là et insister sur le fait qu'il n'est pas là pour trouver des solutions aux problèmes de ces groupes. Deux jours ont été nécessaires pour permettre au groupe de découvrir son quartier, les lieux de vie, de travail, de logement, les services auxquels ils ont accès. Certains groupes d'enfants analphabètes ont dessiné leurs problèmes, leurs quartiers... L'étape suivante est fondamentale dans une session de formation. En effet, la tentation est grande de passer l'ensemble des informations glanées par les populations en situation difficile à la moulinette de l'expertise de l'animateur. Mais qui est-il pour se dire expert ? Comment peut-il prétendre analyser un environnement qui lui échappe et qu'il ne connaît pas ! La session a continué sur l'identification d'un problème et la recherche des causes. René Sibomana et moi-même savons que c'est le moment le plus crucial de la session. Cela passe ou cela casse... Un des groupes a saisi le premier l'enjeu. Il a laissé le groupe d'enfants travailler à leur place. Ce groupe, emboîté par les autres, a laissé les enfants identifier un problème avant de l'analyser en vue d'en tirer une action. Les rencontres avec les enfants ou les jeunes se sont arrêtées à cet endroit parce que nous ne voulions pas faire porter à Twiza la responsabilité de suivre des actions lancées par les groupes d'enfants. La session de formation s'est terminée par une fête avec tous les animateurs et des membres de l'association Twiza. Un rapport de la session est disponible sur le site Internet du Réseau RAP. Géry de Broqueville.
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